Corruption : Geoffroy Foumboula dénonce une République qui condamne les détourneurs de fonds…puis les récompense
La lutte contre la corruption peut-elle être crédible lorsque des personnalités présentées comme condamnées pour détournement de fonds publics continuent, selon Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, d’accéder à des responsabilités ou de recevoir des distinctions honorifiques ? Dans une tribune publiée après la circulation sur les réseaux sociaux d’un recueil de décisions de la Cour des comptes, l’acteur civique pointe ce qu’il considère comme une contradiction majeure entre le discours de moralisation de la vie publique et les pratiques de nomination et de distinction. Une interpellation qui pose, au-delà des cas individuels, la question du contrôle de l’intégrité des personnes appelées à exercer de hautes fonctions.
La publication et la circulation de documents attribués à la Cour des comptes continuent d’alimenter le débat sur la gestion des deniers publics au Gabon. Geoffroy Foumboula Libeka Makosso s’en saisit pour poser une question politique et institutionnelle : quelles conséquences une condamnation financière doit-elle produire sur la carrière publique d’un responsable ?
Dans sa tribune, il affirme avoir relevé dans le document les noms de personnalités qui, malgré des décisions défavorables de la juridiction financière, auraient ensuite été nommées, maintenues à des fonctions importantes ou élevées dans les ordres honorifiques. La tribune ne fournit toutefois pas, pour chaque cas évoqué, les décisions et nominations permettant d’établir individuellement cette correspondance.
La moralisation à l’épreuve des nominations
« Comment expliquer que certaines personnalités ayant des condamnations auprès de la Cour des comptes pour détournement de fonds publics soient encore nommées à des postes de responsabilité ou élevées en dignité ? », interroge Geoffroy Foumboula. L’acteur civique étend son observation aux périodes précédant, couvrant et suivant la Transition, estimant ainsi que le problème dépasserait un régime particulier pour toucher durablement les pratiques de l’État.
Son interrogation renvoie directement à la notion d’exemplarité publique. Une condamnation prononcée par une juridiction financière n’emporte pas nécessairement, par elle-même et dans tous les cas, une interdiction générale d’exercer une fonction publique : ses conséquences dépendent de la nature exacte de la décision, des textes applicables, de son caractère définitif et des éventuelles sanctions complémentaires. Mais l’enjeu politique demeure. Dès lors qu’une personne appelée à de hautes responsabilités a fait l’objet d’une décision juridictionnelle mettant en cause sa gestion des fonds publics, la question de sa nomination mérite au minimum une vérification préalable et une justification transparente.
L’« enquête de moralité » remise au centre du débat
Geoffroy Foumboula convoque à cet égard le souvenir des « enquêtes de moralité » qui, selon lui, accompagnaient autrefois l’accès à certaines responsabilités. Son raisonnement est simple : si la République dispose d’informations officielles sur la gestion passée d’un responsable, celles-ci devraient pouvoir éclairer les autorités avant une nomination ou l’attribution d’une distinction. Il interpelle à ce titre l’Exécutif, mais également les institutions législatives et judiciaires.
L’acteur civique dénonce surtout le signal envoyé aux citoyens. Il oppose ceux qui servent l’État sans reconnaissance particulière à des responsables qui pourraient, malgré des antécédents judiciaires ou financiers, bénéficier de promotions prestigieuses. Il ironise sur une politique du « mérite façon façon » qui risquerait, selon lui, d’inverser l’échelle des valeurs et de banaliser les atteintes à la probité.
Passer du discours anticorruption aux conséquences institutionnelles
La tribune pose finalement une question plus structurelle que celle des personnes visées : que fait concrètement l’État des décisions rendues par ses institutions de contrôle ? Produire des rapports, constater des irrégularités et prononcer des sanctions perd une partie de sa portée si ces informations restent sans incidence sur l’évaluation de l’aptitude à exercer certaines responsabilités sensibles.
Geoffroy Foumboula se montre particulièrement sévère sur ce point. « Quand le Pouvoir Exécutif, le Pouvoir Législatif et le Pouvoir Judiciaire voudront réellement mettre fin à la corruption et aux détournements de fonds, ils le feront », affirme-t-il, estimant que le Gabon resterait pour l’heure dans une logique de communication. Son interpellation ouvre ainsi un débat qui mérite d’être documenté au cas par cas : celui de la mise en place d’un contrôle d’intégrité suffisamment rigoureux avant les nominations et distinctions publiques, afin que la lutte contre la corruption ne soit pas seulement mesurée au nombre de discours et de rapports produits, mais également aux conséquences que l’État tire de ses propres décisions.









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