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Gabon : quand se faire payer devient un parcours administratif coûteux pour les TPE

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Au Gabon, les très petites entreprises ne doivent plus seulement trouver des clients, exécuter leurs prestations et attendre le règlement de leurs factures. Elles doivent également satisfaire à une accumulation de formalités administratives, fiscales, sociales, judiciaires et désormais parfois bancaires avant d’espérer être payées par certains donneurs d’ordre. Attestations pour soumission, justificatifs CNSS et CNAMGS, documents fiscaux, pièces du Registre du commerce, attestation de non-faillite ou encore attestation bancaire : prises séparément, ces exigences peuvent répondre à des objectifs légitimes de conformité. Additionnées, leur coût financier et administratif finit pourtant par peser sur la trésorerie des TPE et pose une question : à partir de quand la conformité devient-elle un obstacle à l’activité économique ?

Pour une petite entreprise gabonaise, décrocher un marché et délivrer une prestation ne signifie pas nécessairement que le plus difficile est derrière elle. Le recouvrement d’une facture peut lui-même se transformer en parcours administratif, avec la constitution ou l’actualisation régulière d’un dossier juridique et social. La logique poursuivie est compréhensible : s’assurer que le fournisseur existe légalement, respecte ses obligations fiscales et sociales et présente les garanties nécessaires. Mais lorsque chaque justificatif entraîne démarches, délais, déplacements ou frais supplémentaires, la conformité finit par avoir un coût que les petites structures absorbent beaucoup plus difficilement que les grandes entreprises.

Des frais qui finissent par s’additionner

L’exemple de l’attestation de non faillite délivrée par le greffe commercial est révélateur. Le Tribunal de commerce indique qu’elle est assujettie à des frais de dossier forfaitaires de 50 000 FCFA TTC par acte. À cette pièce peuvent s’ajouter d’autres justificatifs sociaux, fiscaux, juridiques ou bancaires réclamés selon le donneur d’ordre et la procédure concernée. Le problème n’est donc pas nécessairement chaque document pris isolément, mais leur accumulation et parfois leur renouvellement. Pour une TPE réalisant plusieurs prestations dans l’année, quelques milliers de francs répétés sur plusieurs formalités peuvent rapidement représenter une charge non négligeable.

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Cette situation soulève également la question de la traçabilité des sommes acquittées. Dès lors qu’une administration ou un organisme public exige le paiement d’une prestation administrative, l’entreprise doit pouvoir connaître le fondement juridique du prélèvement, son tarif officiel, son bénéficiaire et obtenir systématiquement une preuve régulière du paiement. Cette exigence est d’autant plus importante que le gouvernement gabonais a lui-même engagé en 2026 un chantier contre la parafiscalité illégale, après avoir reconnu l’existence de prélèvements excessifs et d’un manque de transparence dans certaines administrations.

Quand la conformité fragilise la trésorerie

Pour les TPE, la difficulté est essentiellement une question de trésorerie. Une entreprise peut avoir livré le service demandé et émis sa facture tout en demeurant incapable d’en obtenir rapidement le règlement parce qu’une pièce administrative manque, a expiré ou doit être renouvelée. Pendant ce temps, les échéances, elles, ne s’interrompent pas : salaires, loyers, fournisseurs, cotisations sociales, impôts, connexion internet, carburant et autres charges d’exploitation continuent de tomber

.Un paradoxe apparaît alors. L’entreprise peut être tenue de démontrer qu’elle est parfaitement à jour de ses obligations sociales et fiscales pour obtenir le paiement d’une créance qui lui permettrait précisément de disposer de la trésorerie nécessaire pour continuer à honorer ces obligations. Pour une grande société disposant de réserves financières, ce décalage peut être absorbé. Pour une TPE fonctionnant avec une trésorerie tendue, quelques semaines supplémentaires peuvent suffire à provoquer des retards de salaire, des impayés auprès des organismes sociaux ou de nouvelles dettes fiscales.

Le gouvernement reconnaît déjà le problème de la parafiscalité

La question n’est d’ailleurs plus théorique. Le 27 avril 2026, le gouvernement réunissait à l’ANPI un deuxième Comité technique de coordination opérationnelle consacré spécifiquement à la « parafiscalité illégale ». Les travaux devaient notamment identifier et caractériser les pratiques concernées et mettre en évidence les contraintes rencontrées par les opérateurs économiques. Quelques semaines plus tard, la Présidence de la République constatait à son tour « l’extension du phénomène de la parafiscalité au sein de certaines administrations publiques ».

Le chef de l’État avait alors demandé la suppression de tous les prélèvements illégaux, la centralisation des recettes au Trésor public, présenté comme collecteur unique, la suppression des doublons administratifs et la mise en place d’un service unique de coordination des contrôles auprès des entreprises. Une orientation qui reconnaît implicitement une réalité connue des opérateurs : ce n’est pas seulement le niveau officiel de l’impôt qui détermine le climat des affaires, mais également l’ensemble des frais, contrôles, démarches et délais auxquels une entreprise est confrontée au quotidien.

Simplifier plutôt qu’empiler les attestations

Toutes les attestations exigées ne sauraient évidemment être assimilées à des taxes illégales. Certaines répondent à des impératifs parfaitement légitimes de lutte contre la fraude, de protection sociale des salariés ou de sécurisation des relations commerciales. Mais la multiplication des documents permettant à différentes administrations de vérifier des informations qu’elles pourraient parfois échanger directement pose la question de la modernisation de l’État.

Pourquoi une entreprise devrait-elle constamment transporter la preuve de sa conformité d’une administration à une autre si l’État poursuit parallèlement la digitalisation de ses services ? Un véritable portail interconnecté pourrait permettre, sous réserve des règles de protection des données, à un donneur d’ordre de vérifier directement la situation fiscale, sociale et juridique d’une entreprise sans obliger celle-ci à financer et reconstituer périodiquement le même dossier documentaire.

Faire de la simplification une politique économique

La Charte des investissements gabonaise pose pourtant parmi ses principes la facilitation des relations entre les entreprises et l’administration et présente une fiscalité fondée sur l’équité et la modération. La question dépasse donc le confort administratif. Simplifier les formalités, réduire les coûts documentaires et raccourcir les délais de règlement revient directement à libérer de la trésorerie pour les entreprises, particulièrement les plus petites.

Le chantier ouvert par le gouvernement contre la parafiscalité offre précisément l’occasion d’aller plus loin : inventorier toutes les attestations exigées des entreprises, identifier leur fondement juridique, publier leurs tarifs officiels, imposer une quittance ou une preuve de paiement traçable, supprimer les doublons et rendre gratuites ou dématérialisées les vérifications que les administrations peuvent effectuer entre elles. Car pour une TPE, le climat des affaires ne se mesure pas seulement aux grands classements internationaux ou aux discours sur l’investissement : il commence souvent par une réalité beaucoup plus élémentaire, celle de pouvoir se faire payer rapidement pour un travail déjà effectué.

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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