Presse en ligne : le Gabon face à la prolifération des « médias » sur les réseaux sociaux
La révolution numérique a profondément démocratisé l’accès à l’information et à la parole publique. C’est une avancée qu’il faut préserver. Mais au Gabon, une confusion grandissante mérite désormais d’être interrogée : celle qui consiste à assimiler audience numérique, création de contenu et exercice professionnel du journalisme. Aujourd’hui, il suffit parfois de créer une page sur les réseaux sociaux, de la sponsoriser, d’acquérir plusieurs milliers d’abonnés, de se munir d’un téléphone, d’une caméra et d’un microphone pour se présenter comme média et exercer, de fait, une activité concurrente de celle d’entreprises de presse soumises à des obligations professionnelles, administratives, fiscales et sociales. La liberté d’informer doit rester entière ; la qualité de média professionnel, elle, ne devrait pas devenir une simple autodésignation.
Personne ne devrait avoir besoin d’être journaliste pour commenter l’actualité, enquêter sur un sujet, filmer un événement ou s’exprimer publiquement. C’est précisément ce que permettent la liberté d’expression et les nouveaux outils numériques. Mais diffuser de l’information comme activité régulière, démarcher des annonceurs, facturer des prestations, interviewer des responsables publics et se présenter comme organe de presse pose une autre question : celle des règles applicables à ceux qui exercent professionnellement dans ce secteur.
Une concurrence qui n’obéit pas toujours aux mêmes règles
Les entreprises de presse constituées supportent des charges et des responsabilités bien réelles. Elles emploient des salariés, déclarent leurs activités, paient des impôts et doivent satisfaire aux obligations sociales auprès des organismes compétents, notamment la CNSS et la CNAMGS. Elles évoluent également dans un environnement réglementé par les textes applicables au secteur de la communication et sous le regard de la Haute Autorité de la Communication.
À côté de ces structures peuvent pourtant prospérer des pages ou plateformes qui produisent quotidiennement de l’actualité et commercialisent leur audience sans nécessairement supporter les mêmes contraintes. C’est là que naît une véritable distorsion. Comment demander à une entreprise de presse de supporter le coût de la professionnalisation, des journalistes, des cotisations sociales, de la fiscalité et du fonctionnement d’une rédaction tout en la mettant en concurrence avec une structure dont l’existence professionnelle se résumerait à une page et à son nombre d’abonnés ?
Une caméra et un micro ne font pas un journaliste
Le journalisme n’est pas défini par l’outil utilisé. Posséder une caméra ne fait pas davantage un journaliste que posséder un stéthoscope ne fait un médecin. Le métier repose sur des méthodes : rechercher l’information, identifier ses sources, vérifier les faits, recouper les versions, contextualiser, respecter le contradictoire, distinguer information et opinion et assumer juridiquement et déontologiquement ce qui est publié.
Cette distinction est essentielle parce que l’audience ne constitue pas une certification professionnelle. Une publication peut réunir des centaines de milliers de vues et rester fausse. À l’inverse, une enquête rigoureuse peut toucher une audience beaucoup plus réduite tout en présentant un intérêt public considérable. Faire dépendre la reconnaissance médiatique du seul nombre d’abonnés reviendrait donc à laisser les algorithmes décider, indirectement, de ce qui constitue un média.
Liberté d’expression et professionnalisation ne s’opposent pas
Il ne faudrait cependant pas répondre à cette dérégulation par une restriction de la liberté d’expression. Les blogueurs, créateurs de contenus, citoyens et lanceurs d’alerte participent eux aussi au débat public. Ils doivent pouvoir continuer à s’exprimer. L’enjeu est plutôt de savoir à partir de quel moment une activité revendiquée comme médiatique et exercée professionnellement doit satisfaire à des critères objectifs de reconnaissance.
C’est sur cette frontière que le ministère chargé de la Communication et la Haute Autorité de la Communication devraient engager une réflexion avec les organisations professionnelles. Statut juridique de l’entreprise éditrice, existence d’une direction de publication identifiable, présence de professionnels reconnus dans la rédaction, responsabilité éditoriale, situation fiscale et sociale régulière, transparence sur les contenus commerciaux : autant de critères qui pourraient permettre de distinguer clairement le média professionnel du simple compte d’information, sans confisquer à quiconque son droit de s’exprimer.
Protéger la presse, c’est aussi protéger la démocratie
La vitalité d’une démocratie se mesure notamment à celle de sa presse. Encore faut-il qu’existe une presse suffisamment professionnelle, indépendante et économiquement viable pour enquêter, contredire le pouvoir, documenter les politiques publiques et rendre compte des préoccupations des citoyens. Laisser s’installer une confusion permanente entre journalisme, influence, communication et publication sur les réseaux sociaux fragilise progressivement cette fonction démocratique.
Le Gabon doit donc réussir un équilibre délicat : ne jamais transformer la régulation en instrument de sélection politique des médias, mais ne pas davantage laisser le secteur de l’information devenir un espace où le simple fait de posséder une page, un micro et des abonnés suffirait à s’attribuer la qualité de journaliste. La liberté de parole appartient à tous ; le journalisme professionnel implique, lui, des compétences, des responsabilités et des obligations.
Remettre les mêmes exigences au cœur du secteur
Le débat dépasse finalement la protection corporatiste des journalistes installés. Il concerne la qualité de l’information offerte aux Gabonais et l’équité économique entre ceux qui interviennent sur un même marché. Dès lors qu’une plateforme se présente comme média, produit régulièrement de l’information et tire des revenus commerciaux de cette activité, il paraît légitime qu’elle soit soumise aux exigences correspondant réellement à son statut et à son activité.
Le gouvernement, le ministère chargé de la Communication, la Haute Autorité de la Communication et les professionnels du secteur ont donc intérêt à clarifier rapidement les frontières entre média, créateur de contenu, influenceur et simple page d’information. Non pour décider qui a le droit de parler, mais pour déterminer qui peut professionnellement se prévaloir du titre de média et assumer les droits comme les devoirs qui l’accompagnent. Car une démocratie forte a besoin d’une presse vivante ; mais une presse vivante ne peut durablement se construire dans la confusion des statuts, l’inégalité des obligations et la dilution du métier de journaliste.










GMT TV
Erreur 403 : The request cannot be completed because you have exceeded your quota..
Domain code: youtube.quota
Reason code: quotaExceeded
Erreur : aucune vidéo n’a été trouvée.
Assurez-vous qu’il s’agit d’un identifiant de chaine valide et que la chaine a des vidéos disponibles sur youtube.com.