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Gabon : près de 3 élèves sur 10 confrontés à l’insécurité alimentaire à domicile

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Au Gabon, 29,5 % des élèves interrogés déclarent vivre une situation d’insécurité alimentaire à domicile. Ce chiffre préoccupant, rendu public lors du Conseil des ministres du 8 octobre 2026, est issu d’une enquête sur la santé en milieu scolaire conduite depuis octobre 2024 par les ministères de l’Éducation nationale et de la Santé, avec l’appui de l’UNESCO et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Au-delà des conditions de vie des ménages, cette donnée interroge les conséquences des difficultés d’accès à l’alimentation sur la santé, la concentration et la réussite scolaire des enfants gabonais.

L’école gabonaise fait face à une réalité sociale qui dépasse largement les salles de classe. Alors que les débats sur l’éducation se concentrent régulièrement sur les infrastructures, les effectifs enseignants ou les performances aux examens, les résultats de l’enquête nationale sur la santé en milieu scolaire mettent en lumière une difficulté plus fondamentale : l’accès des élèves à une alimentation suffisante et régulière. Selon les données présentées au gouvernement, près de trois élèves interrogés sur dix vivent dans un environnement familial marqué par l’insécurité alimentaire. Un constat qui pose directement la question des conditions dans lesquelles ces enfants peuvent apprendre et poursuivre leur scolarité.

Près d’un tiers des élèves concernés par la précarité alimentaire

Le communiqué final du Conseil des ministres du 8 octobre 2026 révèle que « 29,5 % des élèves vivent une insécurité alimentaire à domicile ». Cette proportion constitue un signal important sur les difficultés rencontrées par une partie des ménages ayant des enfants scolarisés. L’insécurité alimentaire renvoie à une situation dans laquelle l’accès à une nourriture suffisante, saine et adaptée aux besoins nutritionnels n’est pas garanti. Elle ne signifie pas nécessairement que tous les élèves concernés souffrent de faim permanente, mais traduit une vulnérabilité susceptible d’affecter leur quotidien.

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Le document gouvernemental ne précise toutefois ni les critères exacts utilisés pour mesurer cette insécurité alimentaire, ni sa fréquence, ni sa répartition géographique. Il ne permet pas davantage de déterminer si les difficultés déclarées concernent principalement la quantité de nourriture disponible, sa qualité nutritionnelle ou l’incapacité des familles à maintenir une alimentation régulière. Ces précisions seraient pourtant nécessaires pour apprécier la gravité des situations et identifier les catégories d’élèves les plus exposées.

Quand les difficultés alimentaires menacent les apprentissages

Les conséquences potentielles de l’insécurité alimentaire dépassent la seule question nutritionnelle. Un élève qui ne mange pas suffisamment ou régulièrement peut éprouver des difficultés de concentration, de mémorisation et de participation aux activités scolaires. Lorsque ces privations se prolongent, elles peuvent également fragiliser son état de santé et compromettre ses capacités d’apprentissage. Il convient néanmoins de distinguer ces risques connus des conséquences effectivement mesurées par l’enquête, dont le communiqué ne fournit pas les résultats détaillés.

Cette réalité invite à considérer la réussite scolaire comme un enjeu indissociable des conditions sociales des familles. L’amélioration des programmes pédagogiques ou la construction de nouveaux établissements ne suffisent pas nécessairement lorsque certains élèves doivent simultanément faire face à des privations alimentaires. Pour les pouvoirs publics, la question est donc de savoir comment mieux identifier les enfants concernés et articuler les politiques éducatives avec les dispositifs de protection sociale et de soutien aux ménages vulnérables.

Une vulnérabilité qui s’ajoute à d’autres difficultés sanitaires

L’enquête présentée en Conseil des ministres met également en évidence plusieurs autres indicateurs préoccupants. Ainsi, 21,2 % des élèves déclarent avoir consommé de l’alcool au cours du mois précédant l’enquête, tandis que 74,3 % rapportent un sentiment de solitude et 64,3 % des troubles du sommeil. Plus préoccupant encore, 22,7 % affirment avoir sérieusement envisagé le suicide. Ces données illustrent la diversité des difficultés rencontrées par les élèves, sans permettre d’établir un lien direct entre l’insécurité alimentaire et chacun de ces indicateurs.

Sur le plan des infrastructures, le constat est également préoccupant. Moins d’un tiers des établissements scolaires disposent d’un mécanisme formalisé de prise en charge sanitaire, selon le communiqué gouvernemental. Des insuffisances persistent par ailleurs dans l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux équipements d’hygiène. Ces fragilités renforcent la nécessité d’une approche globale de la santé scolaire, intégrant aussi bien l’environnement éducatif que les conditions matérielles dans lesquelles vivent les élèves.

La question des cantines scolaires et de la protection sociale

Face aux résultats de cette enquête, le Conseil des ministres a approuvé l’inscription du programme national d’assainissement scolaire « École ZEN » dans la programmation budgétaire du Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030. Cette initiative vise notamment à améliorer l’environnement sanitaire des établissements. Le communiqué ne précise cependant pas si des mesures spécifiques de lutte contre l’insécurité alimentaire, notamment le renforcement des cantines scolaires ou l’assistance nutritionnelle aux élèves vulnérables, sont envisagées dans ce cadre.

Pourtant, le taux de 29,5 % soulève directement la question de l’accompagnement alimentaire des enfants scolarisés. Des cantines accessibles, des dispositifs de repas subventionnés ou des aides ciblées aux familles pourraient constituer des pistes de réponse, sous réserve d’une évaluation des besoins et des moyens budgétaires disponibles. La publication des résultats détaillés de l’enquête permettrait également de mieux cibler les établissements et les territoires où les difficultés sont les plus importantes.

Au-delà de l’annonce statistique, l’enjeu est désormais de déterminer comment les politiques publiques peuvent garantir aux enfants des conditions matérielles compatibles avec leur droit à l’éducation. Car lorsqu’une proportion aussi importante d’élèves déclare vivre dans l’insécurité alimentaire, la question de la réussite scolaire ne peut plus être dissociée de celle de l’accès quotidien à une alimentation suffisante.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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