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Gabon : mandat de dépôt pour les bagarreuses de Bâ Oumar, relaxe des délinquants de la route à Akanda

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L’affaire des élèves du lycée Bâ Oumar de Libreville ravive le débat sur l’égalité des citoyens devant la loi. Selon les informations rapportées par le quotidien L’Union, les trois jeunes filles âgées de 16 à 18 ans interpellées par les services de Police scolaire après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant une violente altercation dans une salle de classe ont été placées sous mandat de dépôt le vendredi 19 septembre 2026 et poursuivies notamment pour violences, voies de fait en milieu scolaire et trouble à l’ordre public. La fermeté affichée contre les violences scolaires peut se comprendre au regard de la nécessité de protéger les établissements et les élèves. Mais elle soulève une question de cohérence lorsque, dans la même semaine, quinze jeunes interpellés pour des comportements routiers dangereux ont, selon nos informations, été présentés au parquet avant d’être relaxés. La DGR leur reprochait notamment des conduites dangereuses, des excès de vitesse et, pour certains, une conduite sans permis.

Le malaise naît moins de la volonté de sanctionner les violences scolaires que de l’impression d’un traitement différent selon les personnes concernées. D’un côté, trois apprenantes sont privées de liberté dans le cadre d’une procédure judiciaire ; de l’autre, quinze jeunes dont les comportements au volant avaient suscité de nombreuses réactions publiques retrouvent la liberté après leur présentation devant le parquet. Il ne s’agit évidemment pas de déterminer, à distance, si les décisions judiciaires étaient juridiquement fondées. Seules les autorités judiciaires disposent des éléments complets du dossier. Mais cette différence de traitement nourrit une interrogation légitime sur la perception de la justice par les citoyens. Sur les réseaux sociaux, plusieurs commentaires traduisent ce sentiment. Certains internautes évoquent ainsi « les interventions des parents bien placés », tandis qu’un autre s’interroge : « Je l’avais dit, quel enfant de pauvre peut avoir un tel véhicule ? » Un troisième demande encore : « Et les élèves qu’on a enfermés l’année dernière n’étaient pas aussi des mineurs ? ». Ces réactions, qui relèvent de l’opinion et non de faits judiciairement établis, témoignent néanmoins d’une défiance qu’une justice lisible et équitable devrait contribuer à dissiper.

Une même loi, une même exigence pour tous

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La Constitution gabonaise du 19 décembre 2024 dispose expressément que « la République gabonaise assure l’égalité de tous les citoyens devant la loi », et inscrit l’État de droit parmi les principes fondamentaux de la République. Dès lors, la question posée par les affaires de Bâ Oumar et d’Akanda est celle de la cohérence de l’action publique. À faits différents correspondent naturellement des qualifications et des sanctions différentes, mais les différences de traitement doivent pouvoir être expliquées par le droit, la gravité des faits, les circonstances et la situation individuelle des prévenus, et non par leur statut social supposé. Il serait donc hasardeux d’affirmer, sans éléments judiciaires supplémentaires, que les jeunes d’Akanda ont bénéficié d’un traitement de faveur en raison de leurs familles. En revanche, leur remise en liberté, rapprochée du placement sous mandat de dépôt des élèves de Bâ Oumar, suffit à nourrir une comparaison dans l’opinion. C’est précisément cette perception qu’il appartient aux institutions de prévenir par davantage de transparence sur les procédures et les décisions rendues.

À travers ces deux affaires, c’est la crédibilité de la promesse d’une justice identique pour tous, particulièrement dans un pays qui entend renforcer l’État de droit et lutter contre toutes les formes de délinquance qui est en jeu. La tolérance zéro ne peut être convaincante que si elle s’applique sans considération pour l’origine sociale, les relations ou les moyens des personnes concernées. Il ne s’agit pas davantage de minimiser les violences commises en milieu scolaire, ni de réclamer automatiquement une détention pour les auteurs de comportements dangereux sur la route. La justice doit pouvoir individualiser les poursuites et les sanctions, dans le respect de la loi et de la présomption d’innocence. Mais lorsque deux affaires donnent au public le sentiment que les plus vulnérables sont frappés avec davantage de rigueur que ceux bénéficiant de davantage de ressources ou de relations, c’est la confiance dans l’institution judiciaire qui s’érode. La formule de La Fontaine résonne alors avec une force particulière : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Pour éviter que cette perception ne s’installe, la rigueur annoncée par la Vᵉ République doit être universelle : même exigence devant la loi, mêmes garanties, même considération pour chaque citoyen.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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