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Dette publique : Ike Ngouoni appelle à distinguer la baisse du stock de l’allègement réel de la charge

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Après l’audit ayant établi à 9 524,643 milliards de FCFA le stock consolidé de la dette et des autres sommes exigibles de l’État gabonais au 31 décembre 2025, soit 68,91 % du PIB, Ike Ngouoni Aila Oyouomi invite à ne pas confondre amélioration statistique et réduction effective de la contrainte budgétaire. Pour le fondateur et président d’AILA, l’enjeu se situe désormais dans le coût du service de la dette, mais également dans la publication d’informations détaillées permettant de comprendre comment plus de 2 175 milliards de FCFA ont été retranchés de l’estimation initiale.

La nouvelle photographie de l’endettement gabonais marque une évolution significative. L’audit lancé en juin 2026 a ramené le stock consolidé de dette et de passifs exigibles d’une estimation initiale proche de 11 700 milliards à 9 524,643 milliards de FCFA, soit une diminution comptable de 2 175,357 milliards. Rapporté à un PIB nominal rebasé à 13 822 milliards de FCFA, ce montant représente désormais 68,91 % du PIB. L’Agence gabonaise de presse précise cependant que cette diminution ne correspond pas à des remboursements, mais résulte d’opérations de vérification, de correction, de consolidation et de reclassement.

« Il y a une différence essentielle entre alléger un stock et alléger une charge »

C’est précisément cette distinction que met en avant Ike Ngouoni Aila Oyouomi. « Il y a une différence essentielle entre alléger un stock et alléger une charge », souligne le fondateur et président d’AILA, société de conseil stratégique. Selon son analyse, alléger le stock revient notamment à sortir du périmètre comptabilisé certains engagements après vérification, tandis qu’alléger la charge suppose de réduire concrètement les intérêts et échéances supportés par les finances publiques.

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Le constat est important puisque l’écart de plus de 2 175 milliards de FCFA ne représente pas une somme remboursée par le Gabon. « La liste baisse. La caisse, elle, ne se remplit pas », résume Ike Ngouoni. L’AGP confirme que le détail des montants retirés du périmètre n’a pas été rendu public dans la communication sur les résultats de l’audit. La publication de leur ventilation permettrait notamment de distinguer les engagements corrigés, reclassés ou écartés et ceux qui pourraient demeurer litigieux.

Le rebasage du PIB améliore également le ratio

La deuxième dimension concerne le dénominateur utilisé pour calculer le ratio d’endettement. Le PIB nominal de référence pour 2025 a été porté à 13 822 milliards de FCFA après actualisation des comptes nationaux. Mécaniquement, un PIB nominal plus élevé réduit le poids relatif d’un même montant de dette. C’est la combinaison de cette nouvelle base statistique et de la consolidation du stock qui conduit au ratio de 68,91 %, désormais inférieur au plafond communautaire de 70 %.

Pour Ike Ngouoni, ces opérations peuvent être méthodologiquement justifiées, mais doivent être accompagnées d’une information suffisamment détaillée. « Encore faut-il publier ce qui sort du périmètre, pourquoi, et ce qui reste en contentieux », estime-t-il. Sa critique porte donc moins sur le principe de l’audit ou du rebasage que sur la traçabilité permettant aux citoyens, investisseurs et partenaires financiers de passer d’un chiffre agrégé à une lecture documentée de la dette publique.

Le service de la dette, véritable juge de paix budgétaire

La question devient plus concrète lorsqu’on observe le service de la dette. À fin 2024, celui-ci représentait 42,6 % des recettes budgétaires, selon la stratégie d’endettement de l’État, un niveau également relevé par la Banque mondiale. Le projet de loi de finances 2026 prévoyait pour sa part 1 050 milliards de FCFA consacrés au service de la dette, soit environ 24,2 % des recettes budgétaires projetées à 4 327,5 milliards.

C’est sur cette trajectoire que l’amélioration devra donc également être appréciée. Un ratio dette/PIB inférieur à 70 % améliore la photographie globale, mais la marge de manœuvre budgétaire dépend des sommes effectivement consacrées chaque année au remboursement du principal et au paiement des intérêts. Une diminution durable de cette pression dégagerait davantage de ressources pour les autres dépenses et investissements publics.

Après l’audit, l’enjeu de la transparence permanente

Ike Ngouoni pousse enfin le raisonnement au-delà de l’audit ponctuel. « Contrôler, c’est vérifier ponctuellement, et savoir, c’est disposer de l’information en permanence, à jour, transmissible », estime-t-il. D’où sa proposition implicite d’un tableau public permettant de suivre régulièrement le stock, sa composition, les échéances, les paiements et leurs évolutions.

Le rapport d’audit a été transmis au Fonds monétaire international et doit servir de base aux prochains échanges avec les partenaires techniques et financiers du Gabon. L’audit permet ainsi de disposer d’un nouveau point de départ. Reste désormais à transformer cette photographie en outil permanent de suivi. Comme le résume Ike Ngouoni : « Tant que ce tableau n’est pas publié, on aura avancé sur le chiffre. Pas encore sur la mémoire. »

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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