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Gabon : espérance de vie à 68 ans, un modèle de santé qui fabrique les inégalités 

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C’est un document accablant qui pointe les limites structurelles de notre système de santé. Élaboré par le gouvernement en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Rapport national sur le développement humain (RNDH) 2026 dresse un état des lieux du développement humain dans le pays. Jeunesse, emploi, entrepreneuriat, éducation ou encore santé, tous les indicateurs sont passés au crible. Derrière le classement du Gabon parmi les pays à développement humain élevé, le rapport révèle pourtant un paradoxe. Avec une espérance de vie limitée à 68 ans en 2024, le pays reste loin des performances enregistrées par les États de la même catégorie. Un constat qui traduit les limites d’un modèle sanitaire encore marqué par de profondes inégalités d’accès aux soins.


L’étude montre certes que l’espérance de vie a progressé de près de huit ans depuis 1990, passant d’environ 60 à 68 ans grâce aux campagnes de vaccination, à la baisse de la mortalité infantile et à l’amélioration de l’accès aux soins de santé primaires. Mais cette progression demeure insuffisante au regard des moyens dont dispose le Gabon. Le rapport estime que les investissements consentis ne produisent pas les résultats attendus, notamment en raison de la forte concentration des infrastructures hospitalières dans les grands centres urbains, laissant les populations rurales avec un accès limité aux soins spécialisés. À cela s’ajoute la montée des maladies chroniques, comme l’hypertension, le diabète et les pathologies cardiovasculaires, qui mettent sous pression un système de santé insuffisamment adapté à cette transition épidémiologique.

Un système de santé qui accentue les fractures territoriales

Le rapport souligne également que les crises récentes ont mis en évidence les faiblesses structurelles du modèle sanitaire du pays. La pandémie de Covid-19 a notamment interrompu la progression de l’espérance de vie en 2020 et 2021, révélant les limites des capacités opérationnelles du système de santé et de la protection sociale. Les auteurs insistent en outre sur la nécessité de rendre les dépenses de santé plus efficaces afin qu’elles produisent des gains en matière de longévité et de bien-être. Ils plaident pour une meilleure répartition des infrastructures, un renforcement des services de proximité et une prise en charge plus adaptée des maladies non transmissibles.

Selon ce document, la santé demeure le maillon faible du développement humain au Gabon. Si l’éducation progresse et que le pays conserve un niveau de revenu relativement élevé, ces acquis ne suffisent pas à compenser les insuffisances d’un système de santé qui continue de fabriquer des inégalités entre les territoires et les populations. Pour les rédacteurs du RNDH, l’amélioration de l’espérance de vie passera inévitablement par une politique de santé plus équitable, davantage tournée vers la prévention, le renforcement des soins de proximité et la réduction des disparités territoriales.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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