Gabon : dette abyssale, déficits chroniques, goût de la dépense publique… comment s’en sortir ?

Le Gabon se trouve dans une zone de turbulence budgétaire dont les chiffres donnent le vertige. Derrière les discours de relance économique et de transformation structurelle se cache une réalité beaucoup plus préoccupante. Celle d’un Etat qui dépense largement au-dessus de ses moyens depuis des années et qui continue de repousser les limites de l’endettement. Le déficit public, qui tournait encore autour de -1,9% du PIB en moyenne entre 2011 et 2019, a atteint -8,5% en 2025 selon le Fonds monétaire international (FMI), et devrait grimper à près de 10% en 2026 puis 11,2% en 2027. Cette dérive n’est pas le produit d’une catastrophe extérieure ou d’un choc économique imprévisible. Elle est le résultat d’un manque chronique de sérieux budgétaire, d’une gouvernance qui a longtemps privilégié la consommation publique à la création de richesse, l’endettement à la diversification économique, les dépenses de prestige à l’investissement productif.
Pendant des années, les recettes pétrolières ont alimenté un modèle où la corruption, les surfacturations, les exonérations opaques et la fuite des capitaux ont prospéré au détriment de l’industrialisation, de l’agriculture, de la santé ou encore de l’éducation. Les chiffres du projet de loi de finances rectificative 2026 illustrent parfaitement cette fuite en avant du budget prévisionnel initial. Alors que la croissance économique est révisée à seulement 4,0 % contre 6,5 % initialement prévue, les recettes budgétaires nettes chutent à 2 928 milliards de FCFA, soit près de 880 milliards de moins que les prévisions initiales.
Dans le même temps, l’État continue de mobiliser massivement l’endettement, les ressources de trésorerie et de financement atteignant 2 252 milliards de FCFA grâce notamment à un recours accru aux émissions de titres publics. Les charges financières de la dette grimpent à 488 milliards de FCFA tandis que les amortissements absorbent plus de 1 309 milliards de FCFA, portant le coût total du service de la dette à près de 1 797 milliards de FCFA, soit plus de 61 % des recettes budgétaires.
Certes, le budget rectificatif réduit fortement les investissements publics à 1 169 milliards de FCFA, mais les dépenses de fonctionnement continuent de progresser, notamment les biens et services. Cette situation révèle une gouvernance budgétaire toujours marquée par une forte dépendance à la dette et une faible capacité à ajuster durablement les dépenses aux ressources réellement disponibles.
Le contraste saisissant avec la Guinée équatoriale
Le plus paradoxal dans cette situation est que le Gabon continue d’entretenir un train de vie public particulièrement coûteux alors même que ses marges financières se réduisent dangereusement. Parc automobile de l’Etat, missions à répétition, carburant, locations administratives, prestations externes et multiplication des structures publiques continuent de peser lourdement sur les finances publiques. La masse salariale de la fonction publique n’a baissé que d’un petit milliard, passant de 960 milliards de à 958 milliards. Cela représente environ 25% des recettes budgétaires du pays.
Le pays semble donc vouloir financer simultanément une transformation économique ambitieuse, un effort militaire massif et un appareil administratif toujours plus coûteux, tout cela en hypothéquant l’avenir des générations futures. Cette accumulation de dépenses traduit moins une stratégie cohérente qu’une forme de fuite en avant politique et budgétaire. Pourtant, des économies substantielles pourraient être rapidement dégagées. Une rationalisation de 5% de la masse salariale pourrait générer près de 47 milliards supplémentaires. Quant au report de certains projets militaires, infrastructures peu rentables ou projets de prestige, il permettrait de soulager significativement les finances publiques sans remettre en cause les priorités du pays.
L’exemple de la Guinée équatoriale montre justement qu’une autre trajectoire reste possible en Afrique centrale lorsque la rigueur budgétaire devient une priorité politique. Malgré une baisse de 12,5% de ses recettes entre 2024 et 2025, Malabo a choisi de réduire ses dépenses publiques de 172 milliards de FCFA sur la même période. Le train de vie de l’Etat y a été abaissé de 12%, tandis que la masse salariale n’a progressé que de seulement 2%. Surtout, la Guinée équatoriale a pris la décision politiquement difficile de geler une partie de ses investissements publics, réduisant ce poste de dépense de 395 milliards de FCFA. Résultat, le déficit budgétaire du pays a chuté de 99,9%, avec l’objectif de retrouver rapidement le niveau excédentaire enregistré en 2023. Là où Malabo a accepté la discipline budgétaire, Libreville semble encore croire qu’il est possible de financer durablement croissance, prestige étatique et expansion administrative par la dette.










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