Santé pharmaceutique : l’État va-t-il enfin sauver cette usine de fabrication de médicaments ?
Une usine qui se meurt, 85 gabonais hautement qualifiés menacés de perdre leur emploi et un outil stratégique de souveraineté sanitaire en voie de disparition. C’est le sort qui semble aujourd’hui réservé à La Santé Pharmaceutique, implantée dans la Zone économique spéciale de Nkok, si les pouvoirs publics ne réagissent pas rapidement. Dans une relative indifférence, cette entreprise spécialisée dans la fabrication de médicaments génériques s’enfonce dans une crise qui pourrait lui être fatale. Sa disparition priverait le Gabon de l’un de ses rares instruments capables de garantir une production locale de médicaments essentiels, à un moment où les enjeux de sécurité sanitaire occupent une place centrale dans les politiques publiques.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que La Santé Pharmaceutique dispose d’atouts considérables. Son unité de production est capable de fabriquer jusqu’à un million de comprimés par jour et couvre une large gamme de médicaments génériques, notamment des antipaludéens, des antirétroviraux ainsi que des traitements contre le diabète, le cancer et d’autres pathologies majeures. Malgré ce potentiel industriel et technologique, l’entreprise peine à obtenir le soutien nécessaire pour assurer sa pérennité. Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les ruptures d’approvisionnement et la montée des politiques de relocalisation industrielle, voir un tel outil sombrer interroge sur les priorités nationales en matière de souveraineté économique et sanitaire.
Un champion national abandonné
La crise actuelle rappelle pourtant les enseignements de la pandémie de Covid-19. À cette époque, la compétition mondiale pour l’accès aux masques, aux vaccins et aux médicaments avait démontré les limites d’une dépendance excessive aux importations. De nombreux États avaient alors engagé des politiques visant à rapatrier des capacités de production jugées stratégiques. En laissant décliner La Santé Pharmaceutique, le Gabon semble prendre le chemin inverse. Pourtant, cette usine constitue l’un des rares pôles technologiques pharmaceutiques de la sous-région, sinon le seul disposant d’une telle capacité de production. Avec un marché potentiel de plus de 65 millions de consommateurs au sein de la CEMAC et les nouvelles perspectives offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), elle pourrait devenir un acteur majeur de l’industrie pharmaceutique africaine.
L’avenir de La Santé Pharmaceutique pose la question du modèle de développement que souhaite bâtir le Gabon. Préserver cette entreprise, c’est protéger un savoir-faire national, renforcer la souveraineté sanitaire, diversifier une économie encore largement dépendante des matières premières et créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire. Alors que le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, fait du patriotisme économique et de la transformation locale des produits des axes majeurs de son action, le dossier de La Santé Pharmaceutique apparaît comme un défis majeur. L’heure n’est plus aux déclarations d’intention. Sauver cette usine reviendrait à préserver un champion national et à donner au Gabon les moyens de conquérir le marché pharmaceutique africain.










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