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Gabon : Ali Akbar Onanga plaide pour un pouvoir éclairé par la vérité plutôt que par la complaisance

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Dans une tribune intitulée « Le miroir du pouvoir : ce que révèle l’entourage d’un dirigeant sur sa manière de gouverner », Ali Akbar Onanga Y’Obegue, docteur en droit, enseignant à l’Université Omar Bongo et secrétaire général du Parti démocratique gabonais (PDG), développe une réflexion sur le rôle déterminant des collaborateurs dans la qualité de la décision publique. Selon lui, la solidité d’un État dépend moins de la puissance de ses institutions que de la capacité des dirigeants à s’entourer de conseillers capables de dire la vérité.

À rebours des analyses qui attribuent les succès ou les échecs d’un gouvernement à la seule personnalité du dirigeant, Ali Akbar Onanga Y’Obegue invite à porter le regard sur un acteur souvent moins visible : l’entourage du pouvoir. Pour l’ancien ministre, aucun chef d’État ne gouverne directement la réalité. Entre les faits et la décision s’interpose nécessairement un cercle de ministres, de conseillers, de hauts fonctionnaires et d’experts qui sélectionnent les informations, évaluent les risques et proposent les orientations. Cette médiation, explique-t-il, constitue le véritable « miroir du pouvoir ». Si elle reflète fidèlement la réalité, elle renforce la qualité des décisions publiques ; lorsqu’elle la déforme, elle prépare, parfois silencieusement, les erreurs futures.

Le choix des collaborateurs comme méthode de gouvernement

S’appuyant sur les enseignements d’Aristote, de Confucius, de Machiavel ou encore de Montesquieu, l’auteur rappelle que le premier devoir d’un conseiller n’est pas de conforter les certitudes du dirigeant, mais d’améliorer son discernement. À ses yeux, le choix des collaborateurs révèle déjà une conception de l’exercice du pouvoir : recherche-t-on la compétence ou la complaisance, la contradiction ou le conformisme, la vérité ou la confirmation de convictions préétablies ?

Dans cette perspective, le bon conseiller n’a pas vocation à gouverner à la place du chef. Son rôle consiste à élargir son champ de vision, à mettre en lumière les risques insuffisamment perçus et à soumettre les décisions à l’épreuve de la réflexion critique. À l’inverse, un entourage qui filtre les informations ou évite les objections finit par enfermer le décideur dans une représentation incomplète de la réalité.

Le danger du consensus permanent

L’une des principales mises en garde développées dans cette réflexion concerne le phénomène de la « pensée de groupe » (groupthink). Selon Ali Akbar Onanga Y’Obegue, les organisations où l’harmonie est privilégiée au détriment de la contradiction voient progressivement disparaître les débats, les hypothèses alternatives et les alertes sur les risques. Ce consensus apparent peut donner l’impression d’une équipe soudée alors qu’il constitue, en réalité, le symptôme d’un affaiblissement du pouvoir.

L’auteur souligne que cette évolution ne relève pas uniquement de la responsabilité des collaborateurs. Elle dépend également du climat instauré par le dirigeant lui-même. Plus celui-ci décourage la contradiction ou laisse s’installer la crainte de lui déplaire, plus les informations remontent sous une forme atténuée ou sélectionnée. Le pouvoir cesse alors de décider à partir des faits pour agir sur la base d’une réalité partiellement reconstruite.

La lucidité comme fondement de la durée des États

En conclusion, Ali Akbar Onanga Y’Obegue défend une conception exigeante de l’autorité. Pour lui, la véritable fidélité d’un conseiller consiste à préserver la qualité du jugement du dirigeant, tandis que la première responsabilité du chef est de créer les conditions permettant à ses collaborateurs de lui dire ce qu’il a besoin d’entendre, même lorsque cette vérité dérange.

À travers cette tribune, l’universitaire estime que la pérennité des États repose moins sur l’accumulation des pouvoirs que sur la capacité des gouvernants à entretenir leur propre lucidité. « Le choix des hommes est déjà un choix de méthode de gouvernement », écrit-il, avant de conclure que les États s’affaiblissent lorsque ceux qui gouvernent ne veulent plus entendre ce qu’ils devraient savoir, ou lorsque ceux qui savent n’osent plus dire ce qu’ils devraient entendre

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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