Fonction publique : 11 milliards économisés, une goutte d’eau dans un océan de dépenses
L’opération d’assainissement du fichier de la Fonction publique a été présentée comme une victoire. 11,3 milliards de Fcfa économisés entre octobre 2024 et juin 2026 grâce à la radiation de 1 473 agents publics fantômes. Le chiffre impressionne, mais rapporté à l’ampleur de la dépense publique, il apparaît dérisoire. La Commission chiffre l’impact financier à 11,3 milliards de Fcfa dont 9,4 milliards de Fcfa en salaires suspendus sur 17 mois et 1,9 milliard de Fcfa de bulletins de décompte à reverser. Cependant, face aux 809,1 milliards de Fcfa de dépenses de personnel que la Loi de règlement 2025 a entériné, ces 11,3 milliards de Fcfa ne représentent que 1,39%. Les brandir masque l’ampleur des économies à réaliser lorsqu’on sait que 809 milliards c’est près du tiers des recettes budgétaires du pays en 2025.
Surtout, ces 11,3 milliards ne constituent pas nécessairement une économie durable. Les postes budgétaires libérés par les radiations seront nécessairement attribués à des agents en attente de régularisation. Dans le seul secteur de l’Education nationale, 800 enseignants bénévoles passés en présalaire en 2026 ont obtenu la promesse d’un poste budgétaire en 2027. La reprise des concours d’Etat accentue cette pression sur la masse salariale. À l’EPCA et à l’ENA, plus de 1 300 apprenants auront bientôt achevé leur formation. Une partie de la prétendue économie risque donc simplement de changer de bénéficiaire. Une baisse ponctuelle de la dépense publique ne signifie pas une réduction structurelle de la masse salariale du pays qui, faut-il le rappeler, dépasse largement le seuil de convergence de la Cemac qui est de 35%.
Renverser la table et non simplement la déplacer
Entre le coup d’Etat de 2023 et 2026, la masse salariale est passée de 691 milliards de Fcfa à près de 960 milliards attendus à fin décembre de cette année. Avec 119 317 fonctionnaires projetés dans la loi de finances rectificative 2026 pour 3,5 millions d’habitants, le ratio au Gabon devrait atteindre les 34,1 agents pour 1 000 habitants. À titre de comparaison, des pays aux services publics bien plus performants, le ratio est de 27/1000 habitants au Japon, 23 en Corée du Sud et jusqu’à 15 à Singapour. Loin des caricatures, l’enjeu dépasse donc la chasse aux agents irréguliers. Il porte sur la maîtrise durable des recrutements, des rémunérations et des avantages publics.
La Fonction publique doit cesser d’être un moyen pour des individus de constituer des patrimoines. Elle doit redevenir cet outil au service du bien commun. Pour cela, les réformes attendues sont d’une autre dimension. Lutte contre la corruption, plafonnement strict des primes et salaires des hauts cadres, disparition du papier, plus grand maillage territorial des agents, fin des dotations systématiques en moyens roulants et tickets d’essence pour les hauts cadres, mais surtout publication systématique des rapports budgétaires assortie de sanctions pour les administrations qui ne s’y conforment pas.
Ainsi, la sortie de la location pour plusieurs administrations publiques, dont le début d’exécution devrait intervenir dès janvier 2027 est un exemple concret des réformes attendues dans la Fonction publique. Loin des économies ponctuelles, cette décision du président de la République, matérialisée par la construction de la Cité Émeraude, engendrera chaque année une économie de plus de 30 milliards de Fcfa. Cette économie est récurrente, durable et mesurable. Le véritable défi de notre Fonction publique est donc de transformer durablement la gestion.








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