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Enseignement supérieur : un milliard de FCFA injustifié… et toujours aucun responsable ?

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Plus d’un milliard de francs CFA d’écart dans les vacations universitaires, des doublons, des heures excédant les plafonds réglementaires, des pièces justificatives manquantes et des dépenses étrangères au dispositif : les conclusions de l’audit diligenté sur instruction du président de la République sont suffisamment graves pour dépasser le simple registre des « anomalies administratives ». Comme le rapporte GabonReview, sur 3,48 milliards de FCFA initialement déclarés, 1,06 milliard demeure injustifié. Mais une question s’impose désormais : qui a produit, validé, ordonnancé ou laissé prospérer ces irrégularités ? Et surtout, pourquoi la réponse publique semble-t-elle encore hésiter entre réforme des procédures et éventuelles poursuites, là où la gravité des faits commande déjà d’établir les responsabilités ?

Il y a des chiffres qui devraient provoquer davantage qu’une réunion administrative. Celui révélé par l’audit des vacations dans l’enseignement supérieur en fait partie. Selon GabonReview, le contrôle demandé par le président Brice Clotaire Oligui Nguema a fait apparaître « un écart de 1 060 193 019 francs CFA entre les montants initialement déclarés et les dépenses effectivement justifiées ». La dette présentée à l’État atteignait 3 488 406 925 FCFA. Autrement dit, près d’un tiers de la somme réclamée ne trouve, à ce stade, aucune justification suffisante.

Les conclusions ont été présentées le 11 août 2026 au vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, par le ministre de l’Enseignement supérieur, Charles Edgar Mombo. Que l’exécutif ait décidé de contrôler ces dépenses est évidemment salutaire. Mais découvrir une anomalie n’est que la première moitié du travail. La seconde consiste à déterminer qui en répond. Car un milliard de francs CFA ne se glisse pas seul dans des états de paiement : derrière chaque heure déclarée, chaque état établi et chaque pièce validée existent nécessairement des acteurs administratifs.

Doublons, dépassements, pièces absentes : de simples « anomalies » ?

GabonReview rapporte que les contrôleurs ont relevé « des écarts dans les volumes d’heures déclarés, des dépassements des plafonds réglementaires, l’absence de pièces justificatives et des doublons dans les états transmis ». Douze établissements publics ont été examinés pour les années académiques 2023-2024 et 2024-2025. Ont également été identifiés des éléments étrangers au périmètre des vacations et des prélèvements fiscaux qui n’auraient pas été régularisés.

Pris séparément, certains de ces constats peuvent éventuellement relever de dysfonctionnements administratifs. Pris ensemble, et rapportés à 1,06 milliard de FCFA, ils imposent une investigation autrement plus exigeante. Combien de bénéficiaires sont concernés ? Quels établissements concentrent les écarts les plus importants ? Qui a établi les états litigieux ? Qui les a certifiés ? Qui devait les contrôler ? Des paiements indus ont-ils effectivement été réalisés ou s’agit-il seulement de créances déclarées puis rejetées par l’audit ? Ces distinctions sont essentielles avant de parler juridiquement de détournement ou de malversation.

C’est précisément pourquoi le débat ne doit pas s’arrêter à l’annonce d’un chiffre spectaculaire. Il faut désormais remonter toute la chaîne de responsabilité. S’il existe des auteurs de fausses déclarations, il faut les identifier. S’il existe des agents ayant sciemment validé des données irrégulières, leur responsabilité doit être examinée. Et si des complicités ou des défaillances délibérées du contrôle ont permis au mécanisme de fonctionner, elles doivent également être recherchées. L’argent public ne connaît pas seulement celui qui le réclame : il connaît aussi celui qui vérifie, autorise et ordonne.

Pourquoi parler déjà de réformer avant d’établir les responsabilités ?

Pourtant, la communication gouvernementale semble pour l’instant privilégier la correction du système. GabonReview indique que les recommandations portent notamment sur la révision du décret n°0011/PR/MESRSTT du 7 mars 2023, l’harmonisation des états de paiement, la fiabilisation du fichier des bénéficiaires et le renforcement du contrôle interne. Ces mesures sont nécessaires. Mais elles répondent à la question de savoir *comment empêcher demain ce qui s’est produit hier, pas à celle de savoir qui doit répondre de ce qui s’est déjà produit.

C’est ici que le discours public devient inconfortable. Selon GabonReview, Hermann Immongault a rappelé que la démarche visait à instaurer une gestion « plus vertueuse et rationnelle » des ressources publiques, tout en indiquant que des poursuites judiciaires « pourraient être engagées » si des malversations ou actes illégaux délibérés étaient établis. Cette prudence respecte certes la présomption d’innocence et la nécessité de consolider les constatations de l’audit. Mais elle ne doit pas devenir un nouvel euphémisme administratif.

Car lorsque plus d’un milliard de FCFA demeure inexpliqué, la question judiciaire ne peut être traitée comme un simple appendice de la réforme administrative. L’audit administratif constate ; l’enquête judiciaire, lorsqu’il existe des indices d’infractions, recherche les responsabilités pénales. L’un ne devrait pas nécessairement attendre que l’autre ait épuisé toutes les possibilités de régularisation documentaire.

 La République des audits sans sanctions ?

Le Gabon a connu suffisamment de rapports, missions de contrôle, commissions et audits pour savoir que la révélation d’une irrégularité ne constitue pas, en elle-même, une politique de lutte contre l’impunité. Ce qui restaure la confiance, ce n’est pas seulement de découvrir les anomalies, mais de démontrer que les mêmes règles s’appliquent à celui qui enseigne, à celui qui administre, à celui qui ordonne et à celui qui contrôle.

Il faut également éviter une autre injustice : jeter indistinctement le soupçon sur les enseignants vacataires dont beaucoup attendent précisément le règlement d’heures réellement effectuées. L’audit doit permettre de séparer clairement les créances régulières des sommes litigieuses. Ceux qui ont travaillé doivent être payés. Ceux dont les déclarations seraient frauduleuses doivent répondre de leurs actes. Et ceux qui auraient facilité, couvert ou organisé d’éventuelles irrégularités ne sauraient disparaître derrière la formule commode des « dysfonctionnements ».

C’est pourquoi la transparence commande désormais la publication, au moins dans ses éléments essentiels, des conclusions de l’audit : ventilation des 1,06 milliard contestés par établissement, typologie des irrégularités, montants effectivement payés ou simplement réclamés, mécanismes ayant permis les anomalies et mesures conservatoires prises. Sans ces précisions, le milliard injustifié risque de devenir un chiffre politique avant de devenir un dossier de responsabilité.

Auteurs, coauteurs, complices : aller jusqu’au bout de la chaîne

Si les investigations établissent que certaines irrégularités résultent de manœuvres intentionnelles, il faudra alors cesser de parler pudiquement de « failles ». Une fraude suppose potentiellement des auteurs ; son organisation peut impliquer des coauteurs ; sa facilitation consciente peut révéler des complicités. Ce sera à la justice, et non à la rumeur ou à la presse, d’en déterminer l’existence et les qualifications. Mais encore faut-il qu’elle soit effectivement saisie lorsque les éléments le justifient.

L’enjeu dépasse d’ailleurs le seul milliard de francs CFA. Il touche à la crédibilité même du discours de rupture porté depuis 2023. Peut-on demander aux Gabonais davantage de discipline fiscale, rationaliser les dépenses, supprimer certains avantages ou réformer les carrières publiques tout en laissant sans réponse ferme des irrégularités massives détectées dans les comptes de l’État ? L’effort collectif devient difficilement acceptable lorsque la sanction des abus paraît facultative.

Le président de la République a demandé l’audit. L’audit a produit ses premiers constats. Le gouvernement dispose désormais des résultats. La balle est donc dans le camp de l’État. Soit les pièces complémentaires expliquent objectivement l’écart et il faudra le dire publiquement. Soit une partie de ce milliard demeure irrégulière et il faudra identifier les responsabilités administratives, financières et, le cas échéant, pénales.

Après l’audit, l’heure de la responsabilité

Réformer le décret, numériser les états de vacations, fiabiliser les fichiers et renforcer le contrôle interne constituent des réponses indispensables. Mais aucune réforme informatique ou réglementaire ne remplacera jamais la responsabilité humaine. Un système ne fabrique pas spontanément des doublons, ne gonfle pas seul des heures et ne valide pas lui-même des pièces inexistantes.

C’est désormais sur ce terrain que le gouvernement sera attendu. Non pas celui des annonces, mais celui de la reddition des comptes. Si les faits sont établis, les responsables doivent être identifiés, les sommes indûment perçues recouvrées et les éventuelles infractions transmises aux juridictions compétentes. Dans le cas contraire, il faudra expliquer précisément pourquoi.

Car après 1 060 193 019 FCFA non justifiés, la question n’est plus seulement : comment mieux gérer les vacations universitaires ? Elle devient beaucoup plus dérangeante : qui a laissé faire, qui en a éventuellement profité et pourquoi personne ne répond-il encore de rien ?

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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