A La UneDerniers articlesSOCIETE

UOB : faut-il vraiment faire payer aux étudiants trois décennies de sous-investissement ?

Ecouter l'article

Face à une Université Omar Bongo (UOB) au bord de la saturation, le Syndicat national des enseignants-chercheurs (SNEC-UOB) propose de porter les frais d’inscription entre 50 000 et 100 000 FCFA afin de générer de nouvelles ressources propres. Dans un article consacré à cette proposition, GabonReview rapporte que l’établissement accueille déjà quelque 18 000 étudiants pour seulement 8 000 places assises et pourrait franchir la barre des 30 000 inscrits en 2026-2027. Le diagnostic est préoccupant et l’urgence incontestable. Mais la solution interroge : après des décennies de sous-investissement public, est-ce vraiment aux étudiants et à leurs familles de financer le rattrapage infrastructurel de la première université du pays ?

Le constat dressé par le SNEC-UOB et relayé par notre confrère GabonReview est difficilement contestable. À quelques semaines de la rentrée universitaire 2026-2027, l’établissement pourrait devoir absorber un afflux considérable de nouveaux étudiants alors même que ses capacités d’accueil sont déjà dépassées. Selon le syndicat, l’UOB compterait actuellement « 18 000 étudiants pour seulement 8 000 places assises », soit un taux d’occupation théorique de 225 %. Avec près de 15 000 nouveaux bacheliers susceptibles d’entrer dans l’enseignement supérieur et le retour annoncé de certains étudiants gabonais jusque-là inscrits en France, la situation pourrait rapidement devenir intenable.

Le SNEC-UOB a donc raison lorsqu’il prévient, cité par GabonReview, que « l’heure n’est plus aux demi-mesures, mais à l’action d’urgence ». Mais encore faut-il déterminer qui doit supporter financièrement cette urgence. Car l’université publique n’est pas arrivée à saturation en quelques mois. Le même article rapporte qu’« aucun nouveau bâtiment n’a été construit sur le campus depuis 1995 ». Si cette donnée est confirmée, elle change profondément la lecture du problème : ce ne sont pas les étudiants qui ont sous-investi dans l’UOB pendant trente ans. Ce ne sont pas davantage leurs parents qui ont laissé les amphithéâtres se dégrader ou des chantiers universitaires s’enliser.

Faire contribuer davantage les étudiants : une solution comptable, mais est-elle juste ?

La proposition du SNEC-UOB possède, sur le papier, une cohérence financière. En portant les droits d’inscription entre 50 000 et 100 000 FCFA et en retenant une moyenne de 70 000 FCFA pour 30 000 étudiants, l’université pourrait mobiliser environ 2,1 milliards de FCFA par an. GabonReview souligne que cette somme représenterait plus de 55 % du budget actuel de l’établissement. Dans une université exsangue, une telle recette n’est évidemment pas négligeable.

Mais la démonstration comptable ne suffit pas à épuiser le débat social. Une inscription à 70 000 FCFA peut sembler relativement modeste considérée depuis un bureau administratif. Elle l’est beaucoup moins pour une famille qui doit simultanément supporter le transport, le logement, la restauration, les fournitures, la connexion internet et parfois plusieurs enfants scolarisés. Additionnées, ces dépenses constituent déjà une barrière silencieuse à l’accès aux études supérieures. Augmenter les frais sans disposer préalablement d’un mécanisme social robuste pourrait donc sélectionner les étudiants non sur leurs capacités académiques, mais sur les revenus de leurs parents.

Le SNEC-UOB anticipe cette objection en proposant des bourses fondées sur des critères sociaux. L’idée mérite d’être étudiée. Mais avant d’augmenter les frais, encore faudrait-il préciser qui bénéficiera de ces exonérations, selon quels critères, à partir de quel financement et avec quelles garanties de versement. Dans un pays où les difficultés liées aux bourses étudiantes alimentent régulièrement les tensions, la protection des plus modestes ne saurait être une promesse accessoire venant après l’augmentation : elle doit constituer une condition préalable à toute réforme.

Trois milliards pour un bâtiment inachevé : commençons peut-être par là

Un autre élément rapporté par GabonReview mérite davantage d’attention que la seule augmentation des inscriptions. Le SNEC-UOB évoque un « bloc pédagogico-administratif financé à hauteur de 3 milliards de francs CFA » dont le chantier serait aujourd’hui à l’arrêt. Le syndicat réclame un audit et sa livraison dès septembre 2026, ce qui permettrait d’ajouter environ 800 places aux capacités existantes.

Voilà précisément le type de dossier sur lequel les pouvoirs publics devraient commencer par rendre des comptes. Avant de demander plusieurs dizaines de milliers de FCFA supplémentaires à chaque étudiant, où sont passés les trois milliards déjà mobilisés ? Quel était le calendrier contractuel du chantier ? Quelle entreprise en avait la charge ? Combien a effectivement été décaissé ? Pourquoi les travaux sont-ils arrêtés ? Existe-t-il des pénalités de retard ? Et surtout, qui répond de cette situation ? Ce sont ces questions que la transparence budgétaire impose.

Car demander aux étudiants de financer demain les infrastructures que des investissements publics antérieurs n’ont pas réussi à livrer reviendrait à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre. Le SNEC-UOB réclame lui-même que « chaque franc issu des inscriptions des étudiants [fasse] l’objet d’une traçabilité absolue ». Excellente exigence. Mais cette traçabilité devrait également s’appliquer aux milliards déjà engagés par l’État. La transparence ne peut commencer au premier franc payé par l’étudiant et s’arrêter devant les dépenses publiques antérieures.

75 % pour les infrastructures : qui contrôlera réellement l’argent ?

Le dispositif proposé prévoit que 75 % des nouvelles recettes soient affectées aux infrastructures et laboratoires, et 25 % au fonctionnement. Le syndicat suggère également un compte d’affectation spéciale placé sous le contrôle du Conseil d’administration. Cette architecture traduit une volonté de sécuriser les fonds, mais elle devra être accompagnée de mécanismes beaucoup plus exigeants : publication annuelle des recettes, dépenses détaillées, marchés engagés, entreprises attributaires, taux d’exécution des travaux et audit indépendant.

L’enjeu dépasse d’ailleurs les seuls frais d’inscription. Le SNEC-UOB propose de diversifier les ressources grâce au mécénat, à la valorisation des espaces universitaires, aux études et audits réalisés pour l’État ou encore à des filières d’excellence financées par de grandes entreprises. C’est probablement là que réside la partie la plus intéressante de sa réflexion. Une université moderne doit effectivement être capable de générer des ressources propres sans transformer systématiquement ses étudiants en variable d’ajustement budgétaire. Recherche contractuelle, formation continue, partenariats industriels, expertise, valorisation scientifique et mécénat offrent des pistes autrement plus structurelles.

L’État ne peut pas se désengager derrière « l’autonomie » universitaire

Le débat doit surtout éviter un piège : faire de l’autonomie financière de l’UOB le paravent d’un désengagement progressif de l’État. L’Université Omar Bongo demeure un instrument stratégique de formation du capital humain gabonais. Former des juristes, économistes, sociologues, historiens, géographes ou spécialistes des sciences humaines n’est pas seulement rendre un service individuel à ceux qui s’inscrivent à l’université. *C’est préparer les compétences dont l’administration, les entreprises et la Nation auront besoin demain.*

Le gouvernement devrait donc répondre au SNEC-UOB par davantage qu’un arbitrage sur le montant des inscriptions. Il lui revient de présenter un véritable *plan pluriannuel de remise à niveau de l’UOB* : capacités d’accueil nécessaires à cinq et dix ans, nouveaux amphithéâtres, réhabilitation des bâtiments, laboratoires, bibliothèques, numérique, logements universitaires, restauration, sécurité et financement durable. Sans cela, les 2,1 milliards espérés grâce aux inscriptions ne feront que repousser une échéance devenue structurelle.

Ne pas demander aux étudiants de réparer seuls trente ans d’abandon

La proposition du SNEC-UOB a au moins un mérite : elle oblige le Gabon à regarder en face l’état de sa principale université publique. Et son avertissement rapporté par GabonReview est juste : « Le redressement de l’Université Omar Bongo ne se fera pas avec des solutions de court terme ». C’est précisément pourquoi l’augmentation des frais d’inscription ne peut constituer, à elle seule, une politique universitaire.

Il faut donc renverser la question. Le problème n’est pas seulement de savoir combien un étudiant doit payer pour entrer à l’UOB. Il est de savoir combien la République est prête à investir pour qu’il puisse y étudier dignement. Si 30 000 jeunes doivent demain se partager des infrastructures dimensionnées pour une fraction de cet effectif, aucune hausse tarifaire ne remplacera les décisions d’investissement que l’État aurait dû anticiper.

Faire contribuer davantage les établissements, les entreprises et, dans certaines proportions socialement supportables, les usagers peut faire partie du débat. Mais commencer par la poche des étudiants sans solder la question des investissements publics inachevés reviendrait à présenter la facture du sous-investissement à ceux qui en sont déjà les premières victimes. L’UOB a effectivement besoin d’argent. Elle a surtout besoin que l’État assume enfin ce qu’une université publique représente : non pas une charge budgétaire à répartir, mais un investissement national à protéger.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GMT TV

Ce message d’erreur est visible uniquement pour les administrateurs/administratrices de WordPress.

Erreur 403 : The request cannot be completed because you have exceeded your quota..

Domain code: youtube.quota
Reason code: quotaExceeded

Erreur : aucune vidéo n’a été trouvée.

Assurez-vous qu’il s’agit d’un identifiant de chaine valide et que la chaine a des vidéos disponibles sur youtube.com.

Bouton retour en haut de la page