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Gabon : des fonds issus d’un appui budgétaire du FMI auraient servi à construire une résidence d’Ali Bongo au Maroc

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Des fonds initialement destinés à soutenir le budget de l’État gabonais auraient été utilisés pour financer la construction d’une résidence attribuée à l’ancien président Ali Bongo Ondimba au Maroc. C’est ce qui ressort d’extraits d’un audit du Fonds monétaire international (FMI) dont Gabon Media Time a pu consulter copie. Le document fait apparaître une opération de 450 millions de FCFA financée sur appui budgétaire, soulevant une question centrale : comment des ressources publiques ont-elles pu être mobilisées pour un bien présenté comme appartenant à l’ancien chef de l’État ?

La révélation prend une dimension particulière au regard de l’origine des ressources. Selon les éléments consultés par Gabon Media Time, la somme proviendrait d’un soutien financier accordé au Gabon par l’institution de Bretton Woods. Il ne s’agirait donc pas d’une dépense publique ordinaire dont la destination serait contestée, mais de ressources extérieures intégrées au financement de l’État dont l’utilisation finale interroge directement les mécanismes de contrôle des finances publiques sous l’ancien régime.

Un appui budgétaire détourné de sa destination ?

L’enjeu consiste désormais à déterminer sous quelle ligne budgétaire cette construction a été engagée, quelle administration en a ordonnancé la dépense, quelles entreprises ont exécuté les travaux et par quels circuits les décaissements ont été effectués. Il reste également à établir si cette résidence figure ou a figuré dans le patrimoine immobilier de l’État gabonais. Si des ressources publiques ont effectivement financé sa construction, la question de la propriété juridique du bien devient aussi cruciale que celle de son financement.

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Les extraits consultés présentent le bien comme une propriété personnelle d’Ali Bongo Ondimba, renversé le 30 août 2023 après près de quatorze années à la tête du pays. C’est précisément ce point qui confère au dossier toute sa portée : l’utilisation éventuelle de fonds publics pour constituer ou améliorer un patrimoine privé poserait des interrogations autrement plus graves qu’une simple irrégularité comptable.

À ce stade, la prudence demeure indispensable. Il faudra notamment confronter les conclusions de l’audit aux actes de propriété, aux pièces d’engagement et d’ordonnancement de la dépense, aux mouvements du Trésor ainsi qu’aux contrats de chantier. Ces documents permettront d’établir la chaîne de décision et de distinguer ce qui relève d’une dépense officiellement assumée par l’État de ce qui constituerait une utilisation irrégulière des deniers publics.

Qui a autorisé et exécuté la dépense ?

Au-delà de la figure de l’ancien président, le dossier pose la question du fonctionnement de la chaîne de la dépense publique. Une opération d’une telle nature suppose une série d’interventions administratives : programmation, engagement, liquidation, ordonnancement et paiement. Identifier les responsables et les pièces ayant permis les décaissements est essentiel pour comprendre comment l’opération a pu être exécutée.

La question est d’autant plus sensible que le FMI avait accordé au Gabon plusieurs concours financiers au cours de la présidence d’Ali Bongo, notamment pour soutenir la stabilité macroéconomique et budgétaire du pays. Déterminer précisément de quel programme proviennent les sommes concernées sera indispensable pour retracer leur parcours.

Du constat d’audit aux responsabilités

Cette affaire pourrait désormais nécessiter davantage qu’une simple révélation documentaire. Si l’intégralité de l’audit confirme qu’un bien privé a été construit avec des ressources publiques, se poseront alors les questions de sa récupération par l’État, des responsabilités administratives et financières, ainsi que des suites judiciaires susceptibles d’être données par les institutions compétentes.

Le véritable défi sera de suivre l’argent du décaissement initial jusqu’au paiement final : identifier l’appui budgétaire concerné, retrouver les lignes utilisées, établir les ordonnateurs et bénéficiaires des paiements, puis déterminer à qui appartient juridiquement la résidence marocaine. C’est à cette condition que ce constat d’audit pourra devenir un dossier pleinement documenté sur l’utilisation des deniers publics.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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