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Gabon : Ike Ngouoni dissèque la « religion du titre » dans les cercles du pouvoir

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Dans une publication largement relayée sur les réseaux sociaux le 23 mai 2026, Ike Ngouoni Aila Oyouma, communicant et ancien porte-parole de la présidence de la République, livre une réflexion acérée sur le rapport des élites gabonaises aux nominations administratives et politiques. Entre quête de statut social, dépendance à l’État et culture du pouvoir, son texte dresse le portrait sans concession d’un système où le titre semble parfois compter davantage que la mission.

« Je peux faire d’un ministre un chien, et d’un chien un ministre. » C’est à partir de cette phrase attribuée à feu le président Omar Bongo Ondimba qu’Ike Ngouoni Aila Oyouma construit une réflexion aussi incisive que dérangeante sur le fonctionnement du pouvoir au Gabon.

Publié sur Facebook le 23 mai 2026, son texte analyse ce qu’il qualifie implicitement de « religion du titre » dans les administrations et les sphères de décision du pays. Une culture où, selon lui, les nominations suscitent davantage d’attention que les politiques publiques elles-mêmes.

« Personne ne lit les décisions de politique publique. Tout le monde attend les mesures individuelles et les noms », écrit l’ancien porte-parole de la présidence, décrivant une société suspendue aux listes de nominations publiées à l’issue des Conseils des ministres.

La nomination comme ascenseur social

Dans sa publication, Ike Ngouoni revient sur son expérience au sein de la banque puis à la présidence de la République. Deux univers différents mais traversés, selon lui, par une même obsession : celle du positionnement et de la promotion hiérarchique.

« Chef de service, chef de département, directeur adjoint, directeur, directeur général… À chaque échelon, une promotion sociale », souligne-t-il, rappelant que derrière les titres se cachent également des avantages matériels, un changement de statut social et une nouvelle reconnaissance familiale ou communautaire.

Mais au-delà de l’ambition personnelle, le communicant pointe surtout une dérive culturelle profonde : « Dans la très grande majorité des cas, la nomination n’est pas vécue comme une responsabilité accrue. Elle est vécue comme une récompense. »

Une phrase qui résonne particulièrement dans un pays où l’administration demeure l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois, de revenus et de prestige social.

« Le chef distribue des existences »

L’analyse devient encore plus sévère lorsqu’il aborde la perte du poste. Pour Ike Ngouoni, quitter une fonction sans promotion équivaut souvent à une humiliation sociale.

« Ce n’est pas un mandat temporaire confié par une institution. C’est une identité », écrit-il, avant d’ajouter : « Le chef ne distribue pas seulement des postes. Il distribue des existences. »

À travers cette réflexion, l’ancien collaborateur de la présidence met en lumière la forte personnalisation du pouvoir dans les systèmes politiques africains francophones, où la proximité avec le sommet de l’État reste souvent perçue comme le principal levier d’ascension sociale.

Son texte pose également la question de la fragilité institutionnelle : lorsque la fonction devient une fin en soi, l’efficacité administrative passe au second plan. « Les institutions où les gens administrent leur statut plutôt que leurs responsabilités » deviennent alors incapables d’innovation et d’initiative, analyse-t-il.

Une critique structurelle plus qu’individuelle

Prenant soin d’éviter toute attaque personnelle, Ike Ngouoni insiste sur le caractère systémique du phénomène. Selon lui, le problème ne réside pas uniquement dans les individus mais dans « l’architecture » économique et sociale du pays.

« Changer cela suppose que l’initiative privée devienne une voie d’accomplissement aussi valorisée que la nomination », affirme-t-il, plaidant pour une société où la réussite entrepreneuriale et la création de valeur auraient autant de prestige que les fonctions administratives.

Dans un Gabon encore largement dépendant de l’État et des nominations publiques, cette réflexion intervient dans un contexte où chaque Conseil des ministres continue de susciter une forte fébrilité au sein des administrations, des partis politiques et des réseaux d’influence.

Et pendant que les débats sur les réformes publiques peinent souvent à passionner l’opinion, une réalité demeure : comme le résume Ike Ngouoni, « aujourd’hui, quelqu’un quelque part attend encore la liste ».

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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