Décès de Rudy Hombenet : « Nous sommes dans quel pays ? », s’indigne Michel Ongoundou Loundah
Le silence de la Présidence de la République après le décès de Rudy Hombenet Anvingui, journaliste au quotidien L’Union, suscite une vive interpellation de Michel Ongoundou Loundah. Dans une tribune publiée par Gabonnews, ce dernier s’étonne que l’institution présidentielle ait officiellement présenté ses condoléances après la disparition du roi Harald V de Norvège, tout en ne manifestant, selon lui, aucune réaction publique après le décès de la journaliste gabonaise, survenu à 38 ans, deux jours après son accouchement. Une différence de traitement qui l’amène à poser une question volontairement abrupte : « Nous sommes dans quel pays ? »
La charge est sévère, mais Michel Ongoundou Loundah prend soin de préciser qu’il ne s’agit pas, dans son propos, de mettre en concurrence deux décès. Il reconnaît même la légitimité des usages diplomatiques qui conduisent le chef de l’État gabonais à adresser des condoléances à la Norvège après la disparition de son souverain. Son interrogation porte ailleurs : sur la capacité de la République à manifester la même proximité lorsque le deuil frappe ses propres citoyens. « À force, on finit par se demander pour qui fonctionne réellement cette République », écrit-il, estimant que la disparition de Rudy Hombenet Anvingui aurait dû susciter, à tout le moins, une expression de compassion institutionnelle.
Une différence de traitement qui interpelle
Au cœur de la tribune se trouve ainsi une critique du rapport entre protocole républicain et proximité avec les citoyens. Michel Ongoundou Loundah reproche à la Présidence d’avoir su mobiliser les formes officielles de la compassion pour un événement international, alors qu’il affirme n’avoir observé « pas un mot » après le décès de la journaliste. « Nous sommes extraordinairement prompts à regarder au loin, à saluer, à compatir, à nous conformer aux usages internationaux. Mais lorsqu’un drame frappe à notre porte […] soudain, le silence », déplore-t-il.
Pour l’auteur, cette absence de réaction dépasse le seul cas de la jeune journaliste. Elle pose, selon lui, une question plus fondamentale sur la place accordée au citoyen dans l’expression publique de l’État. « Il ne s’agit pas d’opposer la mort d’un roi norvégien à celle de Rudy Hombenet. Il s’agit de poser une question beaucoup plus grave : quelle valeur accordons-nous encore à la vie de nos propres compatriotes ? », insiste Michel Ongoundou Loundah. Une interrogation qui donne à sa tribune une dimension politique, en questionnant moins les règles du protocole diplomatique que la perception d’une République parfois jugée distante face aux drames ordinaires de ses administrés.
Au-delà des condoléances, la question de la santé maternelle
Mais l’ancien responsable politique élargit surtout son propos aux circonstances du décès de Rudy Hombenet Anvingui. Selon les éléments exposés dans sa tribune, la journaliste est décédée à 38 ans, deux jours après avoir donné naissance à une fille. Sans établir lui-même les causes médicales de cette disparition, Michel Ongoundou Loundah estime qu’un tel décès devrait conduire à s’interroger sur les conditions de prise en charge des femmes pendant et après l’accouchement. « Que s’est-il passé ? Quelles ont été les circonstances exactes de son décès ? », demande-t-il.
Cette prudence demeure essentielle : en l’absence d’éléments médicaux établis dans la tribune, aucun lien ne peut être affirmé entre ce décès et une éventuelle défaillance du système sanitaire. Michel Ongoundou Loundah utilise néanmoins ce drame pour soulever une problématique plus large, celle de la mortalité maternelle et des femmes dont les décès surviennent loin de toute exposition médiatique. « Et combien d’autres femmes meurent ainsi, dans l’anonymat, loin des rédactions, loin des caméras, loin de toute émotion officielle ? », interroge-t-il. Derrière l’émotion suscitée par la disparition d’une journaliste se dessine ainsi une demande de transparence sur les circonstances du drame et, plus largement, sur la qualité de la prise en charge maternelle au Gabon.
Une interpellation adressée à la République
La tribune prend finalement la forme d’un rappel adressé aux institutions : l’État n’est pas seulement une organisation administrative ou diplomatique, il possède également une fonction symbolique. Ses prises de parole, ses silences et les événements auxquels il choisit de réagir participent à la perception que les citoyens peuvent avoir de leur propre place dans la République. C’est précisément cette dimension que Michel Ongoundou Loundah met en cause lorsqu’il oppose, non les défunts, mais les réactions institutionnelles suscitées par leur disparition.
Son texte se referme ainsi sur l’image d’une enfant venant de naître et désormais privée de sa mère. « Cette enfant grandira sans sa mère. Et sa mère, elle, n’aura même pas eu droit à quelques lignes de compassion de la République », écrit-il avant de lancer : « Était-ce vraiment trop vous demander ? Nous sommes dans quel pays ? » Au-delà de la virulence de la formule, l’interpellation pose une question que l’État ne peut totalement évacuer : celle de sa capacité à demeurer symboliquement présent auprès de ses citoyens lorsque ceux-ci sont frappés par l’épreuve.









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