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«Brimade institutionnelle» : Odome Angone décrypte la « politique de l’usure » racontée par Harold Leckat

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Après avoir lu Entreprendre au Gabon : sous la brimade institutionnelle, Odome Angone a publié, depuis Ottawa au Canada, un long commentaire consacré à l’ouvrage de Harold Leckat Igassela. Loin d’une recension littéraire classique, elle y voit un « rapport de terrain » sur l’entrepreneuriat au Gabon, mais aussi une archive du vécu face aux lenteurs administratives, aux rapports de pouvoir et à ce qu’elle décrit comme une « politique de l’usure ». Une lecture particulièrement élogieuse qui insiste surtout sur la dimension factuelle et testimoniale du livre.

Quelques heures seulement après la présentation de l’ouvrage à Paris, samedi 3 octobre 2026, Entreprendre au Gabon : sous la brimade institutionnelle suscite ses premières réactions de lecteurs. Parmi elles, celle d’Odome Angone se distingue par sa longueur et par la grille de lecture qu’elle applique au récit. Elle explique avoir commandé l’ouvrage sur Amazon et s’être levée à 3 heures du matin, à Ottawa, pour en poursuivre la lecture. « Je me suis levée à 3 h pour continuer la lecture de ce joyau », écrit-elle, avant de préciser que son propos ne constitue pas une recension littéraire, mais une tentative de comprendre, à travers l’expérience de l’auteur, certains mécanismes auxquels peuvent être confrontés les entrepreneurs gabonais.

« Lui, il sait de quoi il parle »

Odome Angone fonde d’abord son appréciation sur ce qu’elle considère comme la principale force de l’ouvrage : son ancrage dans l’expérience. « Lui, il sait de quoi il parle. Il donne des noms. Il documente ses sources. Il parle de faits que l’on peut vérifier, de procès que l’on peut attester, d’événements que l’on peut situer dans le temps, de lieux que l’on peut géolocaliser, de personnes que l’on peut même reconnaître », souligne-t-elle. Pour elle, l’autobiographie ne constitue donc pas seulement un choix narratif : elle permet à Harold Leckat Igassela d’inscrire son propos dans une trajectoire professionnelle identifiable.

La lectrice va jusqu’à présenter le livre comme « un rapport de terrain sans complaisance, sans arbitrariété et sans esprit de vengeance » sur certains angles morts de l’entrepreneuriat au Gabon, avec le développement de Gabon Media Time comme cas pratique. Une appréciation qui rejoint l’intention exprimée par l’auteur lors de sa conférence de presse parisienne : partir d’une expérience individuelle pour ouvrir une discussion plus générale sur les relations entre entrepreneurs, administration et institutions.

De la « brimade institutionnelle » à la « politique de l’usure »

La notion centrale du livre retient particulièrement l’attention d’Odome Angone. Elle rapproche la « brimade institutionnelle » décrite par Harold Leckat Igassela de ce qu’elle qualifie de « politique de l’usure », c’est-à-dire l’accumulation de contraintes administratives, d’attentes et de rapports de dépendance susceptibles d’épuiser progressivement celui qui entreprend. « Cette “usure” n’est rien d’autre que la micro-physique du pouvoir en action », analyse-t-elle.

Sa lecture s’attarde ainsi sur une dimension moins immédiatement quantifiable : la charge mentale produite par ces situations. Attendre une réponse administrative, relancer un dossier, rechercher un interlocuteur ou devoir contourner continuellement un obstacle auraient, selon elle, un coût humain qui dépasse la seule comptabilité d’une entreprise. Elle étend d’ailleurs cette réflexion à d’autres réalités quotidiennes, notamment l’accès à l’eau, à l’électricité ou à Internet, estimant que les difficultés répétées finissent par transformer des droits ou services élémentaires en parcours d’endurance.

Le témoignage individuel comme archive collective

C’est sur ce terrain que le commentaire prend une dimension plus intellectuelle. Pour Odome Angone, écrire son expérience ne consiste pas simplement à se raconter. « Le récit participe d’une véritable démarche de justice épistémique, car il érige le livre en archive et le texte en bouclier face à l’effacement “programmé” », écrit-elle. Elle rapproche également certains passages de l’ouvrage d’une lecture inspirée de la phénoménologie fanonienne : derrière les procédures, les attentes et les injustices alléguées, rappelle-t-elle, se trouve toujours un individu qui en supporte physiquement et psychologiquement les conséquences.

Elle résume cette idée à travers plusieurs situations : « Lorsqu’on attend une réponse administrative sans suite ou que l’on relance un agent de l’État ou encore que l’on va “suivre” un dossier qui traîne, c’est le corps qui endure ». À ses yeux, le livre permet ainsi de transformer une vulnérabilité individuelle en matériau documentaire. Le témoignage devient alors une manière de conserver une trace et de proposer aux lecteurs une version des événements qu’ils peuvent confronter à d’autres sources et récits.

« Un livre de chevet » pour comprendre avant d’entreprendre

L’appréciation d’Odome Angone est finalement sans ambiguïté. Si elle travaillait au sein du ministère chargé de l’entrepreneuriat, affirme-t-elle, elle ferait lire l’ouvrage aux agents et proposerait son auteur comme consultant. Et si elle envisageait elle-même de créer une entreprise au Gabon « sans réseau ni capital relationnel », elle ferait du livre « mon livre de chevet et de l’auteur mon coach ».

Elle refuse cependant de reproduire des extraits plus substantiels du livre, préférant inviter chacun à le lire et à construire sa propre opinion. « Il y a des livres que l’on lit pour en apprécier la rhétorique, d’autres pour apprendre les nouvelles théories critiques, d’autres encore pour “savoir” dans le sens du verbe “comprendre” afin de confronter des versions diamétralement opposées », explique-t-elle. Dans cette dernière catégorie, elle range sans hésitation Entreprendre au Gabon : sous la brimade institutionnelle. Une lecture qui, au-delà de l’éloge adressé à Harold Leckat Igassela, replace surtout son ouvrage dans un débat plus vaste : celui de la conservation des expériences individuelles comme matériaux permettant de documenter et de questionner le fonctionnement de la société gabonaise.

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