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Africa Risk Forum : Noël Mboumba plaide pour un Gabon qui transforme ses ressources et renforce sa souveraineté économique

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Présent à l’Africa Risk Forum organisé le 1er octobre 2026 à Paris, l’ancien ministre gabonais Noël Mboumba a défendu une vision de l’Afrique davantage maîtresse de ses ressources, de ses financements et de ses choix stratégiques. Dans une intervention consacrée à la place du continent dans le nouvel ordre mondial, l’ancien ministre du Pétrole a particulièrement insisté sur le Gabon, estimant que la transformation locale des matières premières, la mobilisation de l’épargne nationale, l’intégration économique africaine et le développement des compétences doivent permettre au pays de renforcer sa capacité de négociation.

Quelle place pour l’Afrique dans un ordre mondial en recomposition et, surtout, quelle place le Gabon peut-il occuper dans cette nouvelle architecture ? C’est autour de cette double interrogation que Noël Mboumba a articulé son intervention à l’Africa Risk Forum de Paris. Ancien ministre et professionnel ayant passé plus de vingt ans dans l’industrie pétrolière, notamment chez Total, Perenco, Baker Hughes et Halliburton, l’ancien directeur général de la Sogara a livré une lecture centrée sur la capacité des États africains à convertir la multiplication des partenariats internationaux en instruments de développement. Pour lui, la multipolarité offre de nouvelles possibilités sans faire disparaître les rapports de force : « Aucun partenaire ne défendra les intérêts de l’Afrique à sa place ».

Transformer les ressources plutôt que diversifier les dépendances

Pour Noël Mboumba, la multiplication des partenaires économiques ne saurait constituer à elle seule une politique de souveraineté. « L’enjeu n’est pas simplement de changer de partenaire. Il est de changer notre capacité à négocier. Car diversifier nos relations ne doit pas revenir simplement à diversifier nos dépendances », a-t-il soutenu. Une capacité de négociation qui reposerait, selon lui, sur trois piliers : l’unité africaine, la maîtrise des instruments économiques et financiers et la production d’une intelligence stratégique propre au continent.

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Cette réflexion trouve, selon l’ancien ministre, une traduction particulière au Gabon. Noël Mboumba a notamment mis en avant l’orientation consistant à accroître la transformation locale des ressources naturelles sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema. Manganèse, fer, potasse, marbre, cuivre, pétrole ou encore huile de palme : l’objectif devrait être de conserver davantage de valeur sur le territoire. « Pour le Gabon, cela pourrait passer par la transformation au niveau local de notre manganèse, notre fer, notre potasse, notre marbre, notre cuivre, notre pétrole, notre huile de palme », a-t-il expliqué, en associant cette industrialisation à la formation et à l’emploi des jeunes.

Faire des partenariats des instruments de transfert de compétences

L’ancien ministre appelle ainsi à modifier la logique des accords conclus avec les investisseurs et partenaires internationaux. Il propose un principe : « À chaque partenariat stratégique, une capacité supplémentaire ». Dans le secteur minier, cela impliquerait notamment des engagements vérifiables en matière de formation, de transfert de compétences et de transformation économiquement viable des matières premières. Dans le numérique, l’enjeu porterait parallèlement sur l’acquisition de compétences nationales et la protection des données.

Cette approche rejoint l’un des principaux défis de l’économie gabonaise : parvenir à transformer l’exploitation des ressources naturelles en chaînes de valeur nationales suffisamment structurées pour créer durablement des emplois. Noël Mboumba défend parallèlement une intégration continentale renforcée, considérant que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) doit devenir non seulement un espace de circulation des marchandises, mais également un véritable instrument d’industrialisation.

Mobiliser l’épargne africaine et gabonaise

Autre axe développé à Paris : le financement. Pour Noël Mboumba, ni l’Afrique ni le Gabon ne peuvent continuer à attendre principalement des capitaux étrangers ou des bailleurs internationaux le financement de leur transformation. Il appelle à mobiliser davantage l’épargne intérieure, à développer les mécanismes africains de financement et de paiement et à accroître la bancarisation.

L’ancien ministre situe celle-ci entre 15 % et 25 % et souligne parallèlement le poids considérable de l’économie informelle, qu’il estime à plus de 50 % de l’économie réelle. Le défi consisterait dès lors à orienter progressivement cette activité vers le secteur formel, tout en utilisant davantage le numérique et l’économie digitale. Une stratégie qui, prévient-il, ne peut cependant fonctionner sans institutions solides, confiance économique et rigueur dans la gestion.

Du Gabon détenteur de ressources au Gabon capable de peser

Le troisième pilier de son intervention concerne ce que Noël Mboumba qualifie d’« intelligence stratégique ». Pour négocier, soutient-il, les pays africains doivent être capables d’évaluer eux-mêmes leurs ressources, les intérêts de leurs partenaires et les risques associés aux engagements contractés. « Nous devons écrire ou coécrire le récit qui nous concerne, et non continuer à le subir », a-t-il insisté.

L’ancien ministre voit ainsi la recomposition géopolitique actuelle moins comme une garantie que comme une fenêtre d’opportunité. Pour le Gabon, le défi serait de passer progressivement du statut de détenteur de ressources convoitées à celui d’un État capable de définir ses conditions de partenariat, de financer une partie de son développement et d’accroître la transformation sur son territoire. « La place de l’Afrique ne lui sera pas offerte par la simple multipolarité. Elle se construira par notre unité, la connaissance et la maîtrise de nos instruments de décision », a résumé Noël Mboumba. Un raisonnement qui replace finalement le débat sur la souveraineté là où il devient mesurable : dans la valeur créée localement, les compétences transférées, les emplois générés et la capacité du Gabon à peser davantage dans les partenariats qu’il conclut.

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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