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Village Kougouleu : catastrophe environnementale, les populations en danger de mort

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À 55 kilomètres au sud de Libreville, le village de Kougouleu fait face à une situation environnementale qui bouleverse le quotidien de ses habitants. Le village tire son nom de la rivière qui le traverse et autour de laquelle les populations se sont progressivement installées. Jadis claire et régulièrement utilisée pour la lessive, la vaisselle et certaines activités agricoles, cette rivière est aujourd’hui fortement troublée par les activités d’exploitation de sable. Depuis l’installation, en 2024, d’une société spécialisée dans cette activité, les habitants constatent une dégradation progressive de la qualité de l’eau. Le pompage et les rejets de boue issus du processus de filtration du sable auraient considérablement augmenté la turbidité du cours d’eau. 

« Il y a encore un an, cette eau était claire. Aujourd’hui, elle a complètement changé de couleur. À certains endroits, c’est une boue de sable qui apparaît », témoigne Ernest Paulin Moukambi, habitant du village. Les opérations d’extraction peuvent également perturber les nappes phréatiques, provoquer l’assèchement temporaire du cours d’eau et détruire certains habitats aquatiques. Pour les populations, la rivière est devenue difficilement utilisable.

L’eau de la rivière Kougouleu devenue jaunâtre © D.R.

La cheffe du village, Minkoue Mi Edzogo Clementine, décrit une situation devenue préoccupante. « Les Autochtones avaient interdit de jeter des ordures dans cette rivière. Cela avait toujours été respecté », rappelle-t-elle. Aujourd’hui, poursuit-elle, « la rivière ne ruisselle plus. L’eau est sale. Il devient impossible de faire l’agriculture. Nous ne pouvons plus arroser les plantes ». Selon elle, la situation perdure depuis le lancement du projet de carrière de sable en 2024. Elle affirme avoir saisi les autorités au sujet du problème d’eau, sans qu’une solution durable n’ait été apportée. Face à l’absence de réponse concrète, des femmes du village avaient bloqué la route pour exprimer leur mécontentement. Le préfet était alors intervenu, promettant de rencontrer la société. Celle-ci s’était notamment engagée à réparer la fontaine du village afin de permettre aux habitants de se détourner de l’eau de la rivière.

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Une population dépendante d’une seule fontaine

Kougouleu ne dispose que d’une seule fontaine fonctionnant à l’énergie solaire « Lorsqu’il n’y a pas de soleil, nous n’avons pas d’eau », déplore la cheffe du village. Cette dépendance rend la situation particulièrement critique pour les familles, privées d’une ressource naturelle autrefois accessible. La pollution de la rivière affecte également les activités agricoles, notamment l’arrosage des cultures et des plantes. Pour les habitants, la difficulté ne réside donc pas uniquement dans la couleur ou la turbidité de l’eau, mais dans la perte progressive d’un usage essentiel du cours d’eau. La naissance du problème remonte à la phase d’installation de l’exploitation, après une consultation publique à laquelle avaient participé notamment les ministères des Mines et de l’Agriculture. À cette occasion, les populations avaient demandé que les activités d’extraction soient réalisées en aval de la rivière « Nous avions demandé que les sociétés qui exploitent le sable le fassent en aval et non en amont. Mais elles n’ont jamais accepté cela », explique Minkoue Mi Edzogo Clementine.

Un permis d’exploitation de sable a été accordé à une entreprise © D.R.

Depuis, les habitants disent se retrouver sans véritable moyen de pression face à la société d’exploitation. « Nous demandons aux autorités de nous trouver une solution pérenne. Nous n’avons pas de leviers pour contraindre la société de cesser sa pollution », souligne la cheffe du village. À Kougouleu, les populations veulent désormais retrouver un accès durable à une eau de qualité et préserver la rivière qui a donné son nom au village. Les habitants attendent des autorités un contrôle plus strict des activités d’extraction, une réponse aux conséquences environnementales observées et, surtout, des mesures permettant de restaurer le cours d’eau.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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