Gabon : quand la Fête de la Libération se célèbre sur des réseaux sociaux toujours suspendus
Le 30 août à Makokou dans la province de l’Ogooué-Ivindo, le Gabon célèbre la troisième édition de la « Fête de la Libération ». Un anniversaire né du coup d’Etat militaire de 2023 qui a conduit à la chute du régime d’Ali Bongo. Après deux précédentes éditions organisées à Libreville et à Tchibanga, celle de cette année revêt un caractère particulier. Elle intervient dans un contexte de suspension des réseaux sociaux en vigueur depuis le 17 février 2026, installant un étrange contraste entre la célébration d’une libération politique et le maintien d’une restriction numérique qui affecte une partie de la population.
Si le « Coup de la Libération » a été présenté comme l’acte par lequel le peuple gabonais s’est affranchi de la dictature du régime d’Ali Bongo, la persistance des mesures restrictives des libertés interroge. Le maintien du black-out numérique malgré l’adoption par le Parlement d’un nouveau cadre législatif apparaît d’autant plus paradoxal. Liberté d’information fragilisée, mais aussi des activités économiques qui paient un lourd tribu. Commerçants, entrepreneurs, créateurs de contenus et acteurs du numérique voient leurs échanges ralentis, leurs marchés se rétrécir et leurs revenus affectés. À mesure que la mesure se prolonge, elle fragilise ainsi les acquis du 30 août en matière de libertés publiques.
Une liberté célébrée, des libertés sous restrictions
La suspension des réseaux sociaux avait été présentée par la Haute autorité de la communication (HAC) comme une réponse nécessaire à la prolifération des discours de haine, à la diffamation et aux atteintes à l’honneur des personnalités publiques. Plus de six mois après, la violence numérique n’a pourtant pas disparu, révélant les limites d’une mesure dont l’efficacité reste à démontrer. Plus grave encore, plusieurs institutions publiques, administrations et personnalités continuent de publier des contenus sur des plateformes officiellement suspendues, donnant le sentiment d’une règle à géométrie variable. Le comble est atteint avec les événements liés à la célébration du 30 août à Makokou, largement relayés sur les mêmes réseaux sociaux sans que cette contradiction ne semble susciter de réaction des pouvoirs publics, pourtant garants de l’application de la mesure. C’est notamment le cas de la Mairesse de Makokou, Jean Rita Milagolo qui publie impunément les activités consécutives au 30 août sur sa page Facebook, ou encore une page certifiée renommée « Gabon Horizon 2032 » qui relaie régulièrement l’activité officielle du chef de l’Etat sans que l’on ne sache réellement qui se cache derrière ce profil. Autant d’actions qui contribuent à fragiliser l’autorité de l’Etat et qui interrogent surtout sur la capacité des pouvoirs publics à appliquer eux-mêmes les restrictions imposées au plus grand nombre.
Face à cette situation, le recours massif aux VPN s’est imposé dans les habitudes des gabonais. Mais ce palliatif, loin de rétablir pleinement les libertés, ouvre une autre brèche. L’utilisation de réseaux privés virtuels expose davantage les utilisateurs à des risques liés à la circulation et à l’hébergement de leurs données personnelles, une question de souveraineté numérique et de sécurité nationale qui ne semble pas encore pleinement prise en compte. Entre ceux qui célèbrent le 30 août comme le symbole d’une Nation libérée et ceux qui, au même moment, comptent les pertes économiques provoquées par la fermeture des réseaux, le paradoxe est saisissant. À croire que trois ans après, le 30 août 2023 risque de voir ses acquis se refermer sous cloche.









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