Mbigou-Popa : des ponts de fortune symbolisent l’enclavement entre la Ngounié et l’Ogooué-Lolo
À seulement quelques kilomètres de Mbigou, chef-lieu du département de la Boumi-Louetsi dans la Ngounié, l’état du pont de Massolo illustre les difficultés de circulation sur l’axe Mbigou-Popa. François Mondzo, ancien adjoint au maire et ancien délégué spécial, affirme avoir dû aménager lui-même un passage de fortune avec du bois et des ridelles prélevées sur ses propres camions pour maintenir la circulation. Au-delà de cet ouvrage, c’est pourtant une liaison interprovinciale stratégique qui est en jeu : Popa, dans l’Ogooué-Lolo, n’est séparé de Mbigou que d’environ 80 kilomètres. Sa réhabilitation pourrait rapprocher deux territoires voisins, faciliter l’écoulement des productions agricoles et renforcer les échanges entre des populations historiquement liées.
À Mbigou, la question routière apparaît indissociable de celle du développement agricole. L’axe vers Popa pourrait constituer un débouché naturel vers l’Ogooué-Lolo et notamment Koulamoutou. Mais avant même de pouvoir envisager une circulation normale entre les deux provinces, les usagers doivent composer avec des ouvrages dégradés. Au PK2, François Mondzo montre une situation qu’il juge emblématique de cet abandon.
« On est dans la galère, on est dans la souffrance »
« Ici, nous sommes sur l’axe Mbigou-Popa […] Ce que vous voyez ici, c’est que la route est coupée. On n’a pas de route ici », témoigne François Mondzo. Devant le pont de Massolo, il explique avoir mobilisé ses propres moyens pour créer un passage praticable. « J’ai dû sacrifier mes efforts avec mes enfants pour pouvoir faire passer les voitures. On est dans la galère, on est dans la souffrance », poursuit-il. L’ancien élu local affirme notamment avoir récupéré les ridelles de camions immobilisés et scié du bois afin de consolider le franchissement. « Je suis obligé de me battre personnellement, avec mes moyens de bord, pour que la route ne s’arrête pas », explique-t-il. Une initiative individuelle qui permet de maintenir une circulation précaire, mais qui ne saurait remplacer durablement la réalisation d’un ouvrage routier sécurisé.

La dégradation de cet axe dépasse la seule problématique de mobilité à Mbigou. Popa, district situé dans l’Ogooué-Lolo, se trouve à environ 80 kilomètres de Mbigou. Une route pleinement praticable créerait ainsi une liaison directe entre les deux provinces et faciliterait les déplacements des personnes comme des marchandises. Pour les communautés de Mbigou, Popa et, plus largement, de l’espace reliant la Boumi-Louetsi à Koulamoutou, cette continuité routière aurait également une portée humaine. Les populations entretiennent des proximités familiales, sociales et culturelles que les limites administratives provinciales ne font pas disparaître. Réhabiliter cet axe reviendrait donc à donner une traduction infrastructurelle à une proximité qui existe déjà entre les territoires.
« On veut bien planter, mais on est accompagné par qui ? »
François Mondzo relie directement l’état de la route aux ambitions nationales en matière d’agriculture. Au PK8, à Mugembété, il exploite l’Unité de production agricole de la Haute-Boumi. Bananes, manioc et canne à sucre y sont notamment cultivés. « On demande aux Gabonais de planter. On veut bien planter, mais on est accompagné par qui ? Là, vous êtes devant la réalité », interpelle-t-il. L’agriculteur affirme travailler essentiellement sur fonds propres. Il indique néanmoins avoir bénéficié de l’accompagnement de l’Agence nationale des parcs nationaux pour l’installation d’une barrière électrique destinée à protéger ses cultures. Une protection devenue nécessaire après la destruction, selon son témoignage, de quatre hectares de bananiers par des pachydermes il y a environ deux ans. Une perte pour laquelle il affirme n’avoir reçu aucune indemnisation.
François Mondzo ambitionne désormais de reconstituer progressivement son exploitation pour atteindre « 5, 6, 7 ou 8 hectares de bananes ». Mais son expérience illustre surtout les obstacles auxquels peuvent se heurter les producteurs ruraux : accès aux plantations, protection contre les dégâts causés par la faune, financement, équipement et organisation collective.
Il interpelle particulièrement le ministère de l’Agriculture sur l’accompagnement des coopératives de Mbigou. « Les coopératives de Mbigou ne sont pas accompagnées, elles sont abandonnées à elles-mêmes », déplore-t-il, avant de résumer son attente : permettre aux Gabonais qui souhaitent retourner à la terre de disposer des conditions nécessaires pour produire. Car pour que « l’autosuffisance alimentaire ne soit plus un slogan, mais une réalité pour le pays », encore faut-il pouvoir atteindre les plantations et évacuer leurs productions.
La situation du pont de Massolo pose ainsi une question qui dépasse largement quelques mètres d’ouvrage dégradé. Une liaison Mbigou-Popa réellement aménagée pourrait contribuer à désenclaver des bassins agricoles, raccourcir les échanges avec l’Ogooué-Lolo et offrir de nouveaux débouchés aux producteurs de la Boumi-Louetsi. À l’heure où les pouvoirs publics appellent au retour à la terre et à la reconquête de certains métiers par les nationaux, le témoignage de François Mondzo rappelle une équation élémentaire du développement rural : produire ne suffit pas lorsque la route ne permet pas d’acheminer la production. Entre Mbigou et Popa, ces quelque 80 kilomètres pourraient devenir la démonstration concrète que la route ne relie pas seulement deux provinces : elle rapproche des communautés, des marchés et des économies locales aujourd’hui séparés par l’enclavement.










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