Véhicules administratifs : mettre fin à la confusion entre service public et privilège
Chaque soir, chaque week-end et parfois jusque tard dans la nuit, les véhicules administratifs continuent de circuler sur les routes gabonaises. Si certains déplacements répondent incontestablement aux nécessités du service public, beaucoup d’autres alimentent les interrogations de l’opinion. Faute d’un cadre clair, la suspicion s’installe. Il est temps que le gouvernement mette fin à cette zone grise en encadrant strictement l’utilisation des véhicules administratifs en dehors des horaires de travail.
L’État gabonais consacre chaque année plusieurs milliards de francs CFA à l’acquisition, à l’entretien, au carburant, aux assurances et à la maintenance de son parc automobile. Ces véhicules ne sont pas des avantages personnels. Ils constituent des biens publics financés par le contribuable et destinés exclusivement à l’accomplissement des missions de service public.
Pourtant, dans les faits, il n’est pas rare d’apercevoir des véhicules administratifs devant des commerces, des restaurants, des lieux de loisirs ou encore des résidences privées, parfois à des heures où les administrations sont fermées depuis longtemps.
Naturellement, toute circulation en dehors des heures de bureau n’est pas illégale. Les forces de sécurité, les services de santé, certaines administrations d’astreinte ou les missions officielles justifient parfaitement une utilisation nocturne ou durant les week-ends. Le problème n’est donc pas la circulation elle-même. Le problème est l’absence de règles visibles et de contrôle.
Un vide qui nourrit les soupçons
L’absence d’un dispositif uniforme laisse aujourd’hui la porte ouverte à toutes les interprétations. Lorsqu’un citoyen aperçoit un véhicule de l’État à minuit devant un établissement privé, il lui est impossible de savoir s’il s’agit d’une mission officielle ou d’un usage personnel. Cette opacité fragilise la confiance entre l’administration et les citoyens. Car en matière de gouvernance, la transparence est aussi importante que la probité.
Dans plusieurs pays, cette difficulté a été résolue par des mesures simples : obligation de disposer d’un ordre de mission, carnets de bord électroniques, géolocalisation des véhicules, restitution des véhicules de service à la fin de la journée ou encore identification des catégories d’agents autorisés à conserver un véhicule en permanence.
Une réforme de bonne gouvernance
Le Gabon gagnerait à adopter un cadre réglementaire harmonisé applicable à l’ensemble des administrations publiques, des établissements publics et des entreprises à participation publique. Ce dispositif pourrait notamment prévoir : l’interdiction de l’usage privé des véhicules administratifs ; l’obligation de justifier toute sortie en dehors des horaires habituels de service ; la tenue systématique de carnets de bord contrôlés ; des contrôles inopinés par les corps d’inspection ; des sanctions administratives et financières en cas d’utilisation abusive.
Une telle réforme ne viserait pas à compliquer le travail des administrations, mais à protéger les agents qui utilisent légitimement ces véhicules tout en mettant fin aux abus.
Préserver les deniers publics
Dans un contexte où l’État demande des efforts à l’ensemble des citoyens, chaque litre de carburant, chaque pièce de rechange et chaque kilomètre parcouru avec un véhicule administratif doivent répondre à une nécessité de service. La maîtrise des dépenses publiques commence aussi par une gestion exemplaire du patrimoine de l’État. Encadrer l’utilisation des véhicules administratifs ne relève donc pas d’une simple question de discipline. C’est une exigence de bonne gouvernance, de transparence et de respect des deniers publics.
Le gouvernement a engagé de nombreuses réformes en faveur de l’assainissement de la gestion publique. L’adoption d’un cadre clair sur l’utilisation des véhicules administratifs constituerait un signal fort. Non pas pour alimenter une logique de suspicion, mais pour réaffirmer un principe fondamental : les biens de l’État appartiennent à la Nation et doivent être utilisés exclusivement dans l’intérêt de celle-ci.










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