Secteur pétrolier : la DGH complice des passe-droits qui asphyxient les PME locales ?
Le secteur des hydrocarbures gabonais fait face à un fléau silencieux mais dévastateur. Alors que le décret n° 00232/PR/MPGM du 9 septembre 2021 devait propulser l’entrepreneuriat national, l’essor des PME locales est brutalement freiné par des pratiques illégales et des complicités administratives. Sur le terrain, le contournement systématique des règles de préférence nationale s’apparente à une véritable asphyxie économique pour les opérateurs autochtones.
Pourtant, le cadre juridique est d’une clarté limpide. Afin de protéger le tissu économique local, le décret introduit le statut strict d’entreprise autochtone. Pour s’en prévaloir, une société doit obligatoirement cumuler trois critères : un capital détenu à 60 % au moins par des Gabonais, une direction nationale et une main-d’œuvre locale représentant 80 % des effectifs.
Cette muraille réglementaire a été conçue pour garantir que les bénéfices de l’exploitation pétrolière soient directement réinjectés dans l’économie locale. Malheureusement, cette noble ambition se heurte à l’ingéniosité frauduleuse de certaines multinationales bien décidées à préserver leurs privilèges.
L’article 12 bafoué par les sociétés écrans
Au centre des dérives actuelles se trouve la violation frontale de l’article 12 du décret. Ce texte sanctuarise une liste d’activités, telles que le BTP, la restauration, le gardiennage ou le transport logistique, en les réservant « exclusivement aux entreprises autochtones ». La fourniture de bateaux de liaison et de ravitaillement des sites pétroliers en fait explicitement partie.
Pourtant, lors d’un récent appel d’offres mené pour le compte d’une compagnie pétrolière, le secteur a assisté à un tour de passe-passe inacceptable. Une entreprise étrangère a raflé le marché en utilisant une société écran opportuniste et un prête-nom local, écartant sans ménagement les véritables PME gabonaises. Ce cas d’école illustre comment des actionnaires de façade et des courtiers internationaux s’organisent pour piller des marchés légalement réservés aux nationaux.
L’ombre d’un profil sulfureux international
Derrière ce montage grossier validé au détriment du droit local, des sources proches du dossier révèlent des ramifications inquiétantes. Les sources concordantes mettent en lumière le profil de l’artisan de cette manœuvre contractuelle. D’après les informations recueillies auprès des acteurs du secteur, « l’un des responsables, sinon le principal responsable de cette compagnie, est un Franco-Britannique ». Ce dernier traîne derrière lui un passif international particulièrement lourd qui interroge sur la complaisance dont il bénéficie au Gabon.
Ce dirigeant n’en est en effet pas à son premier coup d’essai dans la sous-région, où ses méthodes agressives ont déjà alerté les autorités judiciaires. Les mêmes sources confirment « que c’est une personne qui est persona non grata au Congo, où il a été poursuivi pour des faits toujours similaires de corruption ». Loin d’être un simple litige commercial, l’affaire prend une tournure pénale transfrontalière, révélerait un système bien rodé « de corruption active vis-à-vis de hauts fonctionnaires » pour forcer l’attribution des marchés.
En effet, il se susurrent que « Persona non grata au Congo, les responsables de cette société écran ont été perquisitionnés pour des faits similaires toujours avec la compagnie ENI au niveau du Congo, en Italie… ENI a été perquisitionnée et lui aussi a été perquisitionné pour ces mêmes pratiques là ».
Des conséquences directes à l’épreuve des faits
Au-delà de la complicité internationale, ces manœuvres entraînent l’asphyxie financière et la fragilisation extrême des opérateurs locaux, désormais limités dans leurs démarches de prospection et de partenariats internationaux. Les investissements perdus dans ces appels d’offres biaisés portent un coup dur au tissu économique local, affectant autant le moral des entrepreneurs que leur trésorerie. Le cas du PSV (navire de ravitaillement) actuellement présent dans les eaux de Port-Gentil illustre parfaitement cette dérive et constitue une preuve incontestable d’une opacité administrative flagrante. En effet, comment expliquer la présence de ce navire lié à l’appel d’offres alors qu’aucune notification officielle n’a encore été transmise aux entreprises locales soumissionnaires ? Ce fait accompli trahit une manœuvre concertée entre l’opérateur et l’administration, orchestrée au détriment direct des acteurs locaux.
L’urgence de briser le silence administratif
Cette situation soulève de lourdes interrogations quant au rôle de la Direction Générale des Hydrocarbures (DGH), chargée par l’article 19 de veiller au respect de la loi. Comment expliquer le manque de vigilance, voire la passivité des services de contrôle face à des structures n’ayant ni siège localisé, ni employés gabonais ? L’omertà ou la validation de tels profils discrédite totalement la politique de contenu local affichée par l’État.
Pour que le contenu local ne devienne pas une imposture, le ministère de tutelle doit impérativement réagir. Il est urgent de mener des audits approfondis, de traquer les bénéficiaires effectifs cachés derrière ces montages frauduleux et d’appliquer de lourdes sanctions. Si l’État refuse de siffler la fin de la récréation, les passe-droits finiront par enterrer définitivement l’avenir des PME gabonaises.









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