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Conseiller un président sans connaître le Gabon : le risque d’une gouvernance hors-sol

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Derrière chaque décision présidentielle se cache un travail discret de préparation, d’analyse et de conseil. Mais une question fondamentale mérite d’être posée : peut-on efficacement conseiller le président de la République sans connaître intimement le Gabon, ses réalités, ses territoires et ses populations ? Dans un pays où les fractures territoriales, sociales et économiques sont nombreuses, le conseil stratégique ne peut se réduire à une expertise technique. Il suppose une connaissance profonde du terrain.

Gouverner est un exercice de décision. Conseiller est un exercice de responsabilité. Entre les deux existe une relation de confiance qui peut influencer durablement les choix d’un chef d’État. C’est pourquoi les femmes et les hommes qui entourent le président de la République n’ont pas seulement pour mission de produire des notes ou de rédiger des discours. Ils sont censés traduire la réalité du pays afin que les décisions prises au sommet de l’État répondent aux attentes réelles des citoyens.

Or, cette mission devient presque impossible lorsque le conseiller connaît davantage les tableaux Excel que les pistes rurales, davantage les rapports administratifs que les villages, davantage les réseaux sociaux que les marchés, les dispensaires, les écoles ou les exploitations agricoles. Car un pays ne se gouverne pas uniquement à travers des statistiques. Il se gouverne à partir de ce que vivent quotidiennement ses habitants.

Le terrain reste le premier conseiller de l’État

Connaître le Gabon ne consiste pas à pouvoir citer ses neuf provinces ou à maîtriser les indicateurs macroéconomiques. C’est comprendre pourquoi une mesure pensée à Libreville peut devenir inapplicable à Minvoul, à Mayumba, à Mbigou, à Makokou ou à Lébamba. C’est savoir qu’un problème d’accès à l’eau ne se présente pas de la même manière à Akanda qu’à Ndindi, que les réalités économiques d’Owendo diffèrent de celles de Lastoursville ou de Mékambo.

Les meilleurs conseillers sont souvent ceux qui ont parcouru le pays, échangé avec les élus locaux, discuté avec les commerçants, les agriculteurs, les enseignants, les transporteurs, les chefs traditionnels et les jeunes. Ils savent que les réalités administratives ne coïncident pas toujours avec les réalités humaines.

À l’inverse, un conseiller qui ne connaît le Gabon qu’à travers des présentations PowerPoint ou des synthèses administratives risque de construire des politiques publiques hors-sol. Les décisions deviennent alors techniquement cohérentes, mais socialement déconnectées.

On ne conseille pas un peuple que l’on ne connaît pas

Conseiller le président de la République suppose également de comprendre les Gabonaises et les Gabonais. Leurs attentes, leurs peurs, leurs espoirs, leurs habitudes, leur rapport à l’administration, à l’État, à la famille, au travail ou encore à la tradition. Les politiques publiques échouent rarement parce qu’elles sont juridiquement mal rédigées. Elles échouent bien plus souvent parce qu’elles sont pensées sans intégrer les comportements sociaux qu’elles prétendent transformer.

Comprendre le pays, c’est aussi comprendre ses sensibilités. Une même décision peut être perçue comme une avancée dans une province et comme une injustice dans une autre. Cette intelligence du terrain ne s’improvise pas. Elle s’acquiert par l’écoute, la présence et l’expérience.

La compétence ne remplace pas l’enracinement

Il serait évidemment injuste d’opposer les techniciens aux hommes de terrain. Un État moderne a besoin d’économistes, de juristes, d’ingénieurs, de communicants ou de spécialistes des politiques publiques. Mais cette expertise ne peut produire pleinement ses effets que lorsqu’elle est mise au service d’une connaissance intime du pays. Le risque, dans le cas contraire, est de construire une gouvernance enfermée dans les bureaux, persuadée que les indicateurs traduisent fidèlement la réalité. Or, les chiffres mesurent une situation ; ils n’expliquent pas toujours les raisons profondes qui la produisent.

Un conseiller peut posséder les meilleurs diplômes, avoir fréquenté les plus grandes institutions internationales ou maîtriser les techniques les plus avancées de gestion publique. S’il ignore comment vivent les populations qu’il prétend servir, son expertise restera incomplète. Le Gabon entre dans une nouvelle étape de son histoire institutionnelle. Les défis économiques, sociaux et territoriaux exigent des décisions justes, mais surtout adaptées.

Pour y parvenir, le président de la République doit pouvoir compter sur des collaborateurs qui ne connaissent pas seulement les mécanismes de l’État, mais également le pays lui-même. Car, au fond, la première qualité d’un conseiller n’est pas seulement d’être compétent. C’est de comprendre profondément la nation pour laquelle il conseille celui qui la dirige.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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