Réforme de la Fonction publique : Fridolin Mve Messa dénonce la généralisation des recrutements directs
Alors que le gouvernement entend réformer le cadre statutaire des agents publics et assainir la gestion administrative de la Fonction publique, Fridolin Mve Messa conteste la méthode et invite l’État à commencer par appliquer les textes existants. Dans une déclaration intitulée « Réforme de la Fonction Publique : ou quand tout sonne faux », le syndicaliste et ancien député de la Transition dénonce notamment le recours, selon lui, devenu prédominant aux recrutements directs au détriment des concours, l’augmentation insuffisamment planifiée des effectifs et la persistance de situations administratives non régularisées.
La sortie de Fridolin Mve Messa intervient dans un contexte où la gestion des effectifs de l’État est de nouveau au centre du débat public. Lors de son discours à Makokou à l’occasion de la Fête de la Libération, le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait notamment annoncé la révision du cadre statutaire des agents publics, en insistant sur le mérite et l’équité. Pour le syndicaliste, cependant, modifier les textes ne saurait constituer la première réponse si les règles actuellement en vigueur ne sont déjà pas pleinement respectées.
Le recrutement direct dans le viseur
« Consciemment et intentionnellement, on tord le cou à la norme pour que l’exception devienne la règle », accuse Fridolin Mve Messa. Selon lui, depuis trois ans, l’accès à la Fonction publique s’effectuerait « principalement sur recrutement direct », alors que le concours devrait demeurer le mode privilégié d’entrée dans l’administration.
Le syndicaliste affirme également que des « cohortes entières » auraient été intégrées sans planification suffisante ni besoins préalablement établis, ce qui contribuerait, selon son analyse, à rendre les effectifs publics « de plus en plus pléthoriques ». Ces affirmations mériteraient d’être confrontées aux données détaillées de recrutement par administration, par corps et par mode d’accès afin d’en mesurer précisément l’ampleur.
Régulariser avant de réformer ?
Fridolin Mve Messa pointe parallèlement la situation des agents dont les dossiers administratifs demeurent en attente. « La régularisation des situations administratives n’est pas d’actualité quand elle ne se fait pas moyennant », affirme-t-il. Une accusation particulièrement sérieuse qui, si elle renvoie à d’éventuelles pratiques de paiement informel, nécessiterait d’être documentée et, le cas échéant, examinée par les administrations et organes compétents.
La question de la régularisation administrative prend une résonance particulière après les constats récemment dressés par les plus hautes autorités. Le chef de l’État avait indiqué à Makokou que près de 62 % des dossiers examinés dans le cadre d’un audit de la Fonction publique se trouvaient « en situation irrégulière » et dans l’attente d’une décision administrative. Le contrôle, limité à deux mois et à un périmètre déterminé, avait également fait apparaître de nombreux cas d’abandon de poste.
Le concours comme instrument de mérite
Au-delà de la polémique sur les effectifs, l’intervention de Fridolin Mve Messa pose une question centrale : comment concilier l’ambition gouvernementale de faire du mérite une « boussole » avec des procédures de recrutement qui seraient insuffisamment compétitives ? Le concours constitue précisément l’un des instruments permettant, lorsqu’il est organisé dans des conditions transparentes, d’objectiver la sélection des candidats et de rattacher les recrutements à des postes préalablement identifiés.
Le recrutement direct peut répondre à certaines situations prévues par les textes ou à des besoins spécifiques. Mais sa généralisation éventuelle poserait nécessairement la question de la planification des emplois publics, de l’égalité d’accès à l’administration et, à terme, de la soutenabilité de la masse salariale. C’est sur ce terrain que les données officielles sur les recrutements réalisés depuis 2023 permettraient d’éclairer utilement le débat soulevé par l’ancien député de la Transition.
« Commençons par appliquer » la loi existante
Pour Fridolin Mve Messa, le préalable demeure donc moins l’écriture d’une nouvelle réforme que l’effectivité du droit déjà en vigueur. « La loi en matière de gestion administrative de l’agent public existe, commençons par l’appliquer dans sa totalité avant d’envisager des retouches pour l’adapter au contexte nouveau », soutient-il.
Cette interpellation place finalement la réforme annoncée devant son principal test de crédibilité. Revoir le statut des agents publics peut permettre d’adapter l’administration aux nouveaux besoins de l’État, mais la réforme ne produira durablement ses effets que si les règles de recrutement, de carrière, de régularisation et de contrôle sont effectivement appliquées. Entre l’objectif présidentiel de mérite et d’équité et les dysfonctionnements dénoncés par les partenaires sociaux, c’est désormais la pratique administrative qui devra démontrer que la réforme ne consiste pas seulement à changer les textes, mais aussi la manière de les faire respecter.










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