Port-Gentil : retour des squatters à Lipe Matanda sous le regard impuissant des autorités
À Port-Gentil, le quartier Lipe Matanda, autrefois symbole d’une reprise en main musclée par les autorités, retombe peu à peu dans ses travers. Entre retour des squatters et destruction continue de la mangrove, l’opération de déguerpissement médiatisée il y a quelques mois semble déjà appartenir au passé.
Il y a quelques mois encore, le vrombissement des bulldozers à Lipe Matanda saturait l’espace médiatique. Le message des autorités était alors sans équivoque : restaurer l’autorité de l’État dans une zone gangrenée par l’occupation anarchique, l’insalubrité chronique et divers trafics.
Mais aujourd’hui, comme le rapporte une analyse d’Ogooué Maritime Infos (OMI), le décor de désolation a laissé place à un inquiétant statu quo.
Un retour à la case départ
Le constat sur le terrain est amer. Toutes les habitations n’ont pas été rasées, et le départ des occupants n’a été que partiel. Encouragés par l’absence de suivi, d’anciens déguerpis réinvestissent les lieux. Les fumoirs de poissons tournent à nouveau, les constructions de fortune sortent de terre et les déchets s’accumulent au bord de l’eau.
Cette situation soulève une question brutale : quelle est l’utilité d’une décision publique si son application s’arrête dès que les caméras s’éteignent ? Selon OMI, le mal est profond et ne réside pas dans la vision politique, mais dans l’inefficacité de la chaîne d’exécution administrative. Si le sommet de l’État donne l’impulsion, les ministères et les autorités locales semblent incapables d’assurer la pérennité de l’ordre une fois l’effet d’annonce dissipé.
Un naufrage écologique et institutionnel
Au-delà de l’anarchie urbaine, c’est un drame écologique qui se joue. La mangrove, rempart naturel essentiel contre l’érosion côtière à Port-Gentil, continue d’être sacrifiée morceau par morceau sous le regard passif des institutions.
Plus grave encore, cette « culture de l’inachevé » érode la crédibilité de la puissance publique. En laissant des brèches dans l’application de la loi, l’administration encourage indirectement la récidive. Le message envoyé aux populations est dangereux : au Gabon, l’autorité ne durerait que le temps d’une opération coup de poing. Celui qui résiste finit, à terme, par l’emporter.
Tant que les opérations spectaculaires ne seront pas suivies d’un contrôle rigoureux et durableLipe Matanda restera le symbole d’un État capable de briller sous les projecteurs, mais impuissant à maintenir l’ordre dans la durée.









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