La Ntcham : un patrimoine gabonais en quête de reconnaissance officielle
Devenue en une décennie le symbole de la vitalité culturelle du Gabon, la danse Ntcham s’exporte désormais aux quatre coins du globe. Pourtant, derrière ce succès populaire se cache une urgence juridique et institutionnelle : celle de sa labellisation par l’État. Entre rayonnement international et risque de spoliation, le débat est lancé.
Dans les rues de Libreville, dans les clips de Dementos, de Waza No Limit ou de L’Oiseau Rare, elle est partout. La Ntcham, ce mouvement saccadé et énergique qui fait vibrer les bras et les jambes, n’est plus une simple mode passagère. C’est une signature, une identité visuelle qui transcende les générations. Des plus petits aux plus grands, chaque Gabonais a, un jour, esquissé ces pas qui font aujourd’hui fureur sur les réseaux sociaux mondiaux.
Un succès qui dépasse les frontières
Le constat est sans appel : la Ntcham ne s’appartient plus totalement. Elle est désormais enseignée dans des écoles de danse étrangères et reprise par des amateurs du monde entier. Si cette diffusion témoigne de la force créative du Gabon, elle soulève une interrogation cruciale : à quand une reconnaissance officielle par les autorités de tutelle ?
Alors que sous d’autres cieux, les expressions culturelles urbaines sont rapidement protégées et valorisées comme des leviers de « soft power », le Gabon semble accuser un retard préoccupant. La reconnaissance de fait est là, mais la reconnaissance légale manque cruellement à l’appel.
Le spectre de la perte d’identité
Le risque est réel : sans une labellisation stricte et une inscription dans le patrimoine culturel national, la Ntcham pourrait, à terme, échapper à ses créateurs. Dans un marché mondial de la culture de plus en plus concurrentiel, le Gabon s’expose à voir un autre pays revendiquer la paternité de ce mouvement ou en tirer les bénéfices symboliques et financiers.
Les artistes, qu’ils soient de la nouvelle garde ou des figures établies comme J.Rio, portent ce mouvement à bout de bras depuis dix ans. Mais leur effort de promotion risque de rester vain si l’État ne donne pas le « poids » nécessaire à cette danse. Officialiser la Ntcham, ce n’est pas seulement protéger un pas de danse, c’est affirmer la souveraineté culturelle du pays et valoriser le génie artistique de sa jeunesse.
L’heure n’est plus à l’observation, mais à l’action. Le Gabon va-t-il attendre qu’une instance étrangère s’approprie ce label pour réagir ? Pour que la Ntcham domine le monde avec le Gabon, et non sans lui, l’État doit désormais agir en conséquence. Il en va de la protection de notre héritage.









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