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Montagne Tchad : abandonnée par les autorités, l’aire de repos survit grâce à un seul homme

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Située sur l’axe stratégique Lambaréné–Fougamou, l’aire de station de Montagne Tchad, célèbre pour sa source d’eau douce, a longtemps sombré dans l’abandon. Délaissé par le Conseil départemental de l’Ogooué-et-Lacs, le site doit aujourd’hui sa survie à l’initiative personnelle de Charles Edmond Nziengui, un Gabonais de 52 ans qui entretient bénévolement cet espace devenu un point de repos incontournable pour les voyageurs. L’aire de repos de Montagne Tchad offre un contraste saisissant. D’un côté, un site jadis présenté comme une vitrine du développement routier ; de l’autre, un espace public laissé à l’abandon par les autorités locales.

Depuis juillet 2025, Charles Edmond Nziegui, 52 ans, s’est donné pour mission de réhabiliter et d’entretenir ce lieu emblématique connu pour sa source d’eau douce très appréciée des voyageurs reliant Libreville au sud du Gabon. Balayage, nettoyage, entretien des installations, accueil des passants : l’homme agit sans statut officiel ni soutien institutionnel. Pourtant, ce site n’est pas anodin. L’aire de station de Montagne Tchad avait été réceptionnée officiellement le 14 octobre 2009 lors de l’inauguration du tronçon routier Lambaréné–Mameigue, en présence du ministre des Travaux publics de l’époque, Flavien Nzengue Nzoundou, et de l’ambassadeur du Royaume d’Espagne, Ramiro Fernandez Bachiller. L’infrastructure avait alors été offerte par Acciona Infrastructures.

Quand un citoyen remplace les institutions

Seize ans plus tard, le symbole du partenariat infrastructurel s’est transformé en illustration criante des carences de l’entretien public. Faute de suivi du Conseil départemental de l’Ogooué-et-Lacs, le site s’est progressivement dégradé jusqu’à ce qu’un simple citoyen décide d’agir. Aujourd’hui, grâce à l’initiative de Charles Edmond Nziengui, Montagne Tchad est redevenu un lieu fréquenté par les automobilistes, chauffeurs de transport et voyageurs qui y font halte pour se reposer ou s’approvisionner en eau fraîche. Cette situation soulève néanmoins une question de fond : comment une infrastructure publique inaugurée avec faste par les autorités et financée dans le cadre d’un partenariat international peut-elle reposer, des années plus tard, sur le seul bénévolat d’un citoyen ?

L’action de Charles Edmond Nziegui met surtout en lumière l’absence de politique durable d’entretien des infrastructures communautaires au Gabon. Car si son initiative force le respect, elle révèle aussi un désengagement institutionnel préoccupant. Dans un pays où les discours sur l’aménagement du territoire et le développement local se multiplient, le cas de Montagne Tchad rappelle que construire une infrastructure ne suffit pas : encore faut-il garantir sa maintenance et son utilité dans le temps. Plusieurs usagers de cet axe estiment désormais que les pouvoirs publics devraient reconnaître officiellement le travail accompli par ce compatriote, voire intégrer l’entretien du site dans les lignes budgétaires du Conseil départemental. Car derrière cette histoire se cache une réalité plus large : au Gabon, ce sont parfois les citoyens eux-mêmes qui empêchent certaines infrastructures publiques de disparaître dans l’indifférence générale.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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