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Mbigou–Malinga : Falcao, le dernier lien entre les villages oubliés et la vie

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Sur l’axe Mbigou–Malinga, dans la province de la Ngounié, un homme incarne presque à lui seul la survie de plusieurs villages abandonnés par les services publics. Son nom : Falcao. Deux fois par semaine, les mardis et samedis, ce chauffeur routier brave une route dégradée pour relier des populations enclavées à Mbigou et Lébamba, où malades et familles tentent encore d’accéder aux soins, notamment à l’hôpital évangélique de Bongolo.

Dans cette partie reculée du Gabon, le temps semble s’être arrêté. Au 21e siècle, plusieurs villages vivent pratiquement hors du monde moderne. Ni réseau téléphonique stable, ni radio, ni télévision. L’information n’y circule presque plus. Les urgences médicales encore moins.

Falcao, chauffeur… mais surtout substitut d’un État absent

Pourtant, derrière ce silence, des centaines de Gabonais continuent d’y vivre tant bien que mal. À Kambamongo, Baposso, Mbengamamba, Mitsantsa ou encore Mbomo, les populations dépendent désormais d’un seul homme pour transporter les malades, ravitailler les familles et maintenir un minimum de lien avec le reste du pays. « Ce qui m’emmène à le faire, c’est parce que je suis un fils du village. Je le fais pour aider les miens. Et je suis conscient que si je ne le fais pas, personne ne le fera », confie Falcao avec gravité.

À travers cette phrase, c’est tout le drame silencieux de l’intérieur du Gabon qui apparaît. Car au-delà du simple transport, cet homme est devenu un maillon vital de survie dans une zone où l’État semble avoir progressivement disparu. Lorsque des femmes enceintes doivent rejoindre Bongolo pour accoucher, lorsque des malades nécessitent des soins urgents, lorsque des familles doivent se ravitailler, c’est souvent vers lui que les regards se tournent.

Des villages coupés du monde

Le plus alarmant reste peut-être cette impression d’abandon total. Des écoles ont fermé faute d’enseignants. Des dispensaires survivent sans médicaments. Et même communiquer avec Libreville ou Mouila relève parfois de l’impossible. « La plupart des gens sont partis de ces villages parce qu’il n’y a pas de moyens de subsistance », poursuit Falcao.

Pendant que les discours sur le développement se multiplient dans les grandes villes, sur l’axe Mbigou–Malinga, des populations entières attendent encore les services les plus élémentaires : une route praticable, du réseau téléphonique, des médicaments et la simple sensation d’appartenir encore pleinement à la République.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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