Mairie de Libreville : nominations controversées et budget opaque, le maire Obame Etoughe sous pression
À peine élu à la tête de la mairie de Libreville, Pierre Matthieu Obame Etoughe fait face à une fronde interne au sein de son propre camp politique. Entre accusations de nominations massives, incohérences budgétaires et soupçons de double gestion financière, l’édile est désormais sous pression dans un contexte où la gouvernance publique est scrutée à l’aune de la transparence.
Élu avec une majorité écrasante de 148 voix sur 151, Pierre Matthieu Obame Etoughe apparaissait comme le choix naturel de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) pour incarner la nouvelle gouvernance municipale. Âgé de 56 ans et présenté comme un cadre compétent, il bénéficiait d’un contexte politique favorable et d’une légitimité incontestable. Mais moins de six mois après son installation, sa gestion est déjà fortement contestée, y compris au sein de son propre parti, révélant une fracture entre les attentes politiques et les pratiques observées.
Des nominations massives qui contredisent les engagements initiaux
Auditionné devant le bureau exécutif de l’UDB, le maire aurait affirmé avoir procédé à « seulement 36 nominations » au poste de conseillers. Une déclaration rapidement mise à mal par des documents internes, présentés par le secrétariat général, faisant état de près de 200 nominations validées et signées de sa main. Une contradiction majeure qui fragilise sa crédibilité, d’autant plus que ces agents seraient déjà intégrés dans la masse salariale de la mairie.
Cette inflation des effectifs intervient alors même que des orientations claires auraient été données pour assainir l’administration municipale, notamment en procédant au départ des agents inactifs et en rationalisant les recrutements. À l’inverse, le maire aurait créé de nouvelles fonctions, telles que « conseiller spécial » ou « chef de département », suscitant l’incompréhension. « Vous n’êtes pas à la Présidence », lui aurait rappelé le ministère de l’Intérieur, soulignant le caractère inadapté de ces postes dans une collectivité locale.
Un budget de cabinet au cœur de soupçons de double comptabilité
Au-delà des nominations, la polémique enfle autour du budget du cabinet du maire. Officiellement, celui-ci serait fixé à environ 1,2 milliard de FCFA, un niveau conforme aux standards observés sous les précédentes mandatures. Mais selon plusieurs sources internes, un second document budgétaire, également signé par le maire, ferait état d’un montant global pouvant atteindre 3 milliards de FCFA.
Cette situation alimente les soupçons de double budget, l’un présenté officiellement et l’autre géré de manière parallèle. Interrogé sur ces incohérences, le maire aurait nié l’existence d’un second budget, avant d’être confronté à des pièces justificatives portant sa signature. Une zone d’ombre majeure qui soulève des interrogations sur la sincérité des documents financiers et sur la gestion réelle des fonds publics.
Une gouvernance en décalage avec les ambitions de la Ve République
Ces différentes accusations interviennent dans un contexte politique marqué par la volonté du président Brice Clotaire Oligui Nguema de promouvoir une gouvernance rigoureuse, fondée sur la transparence et la lutte contre la corruption. Dans cette dynamique, les collectivités locales sont appelées à jouer un rôle exemplaire dans la mise en œuvre des réformes.
Or, pour plusieurs observateurs, les pratiques reprochées au maire de Libreville traduisent un décalage préoccupant avec cette vision. « On a l’impression que certains responsables ne suivent pas la ligne fixée », confie une source proche du dossier. Cette situation pose la question de la cohérence entre les orientations politiques et leur application concrète au niveau local.
Vers une remise en cause politique du mandat ?
Face à l’accumulation des critiques, la pression s’intensifie autour du maire, certains cadres de l’UDB évoquant déjà la nécessité pour le parti de « prendre ses responsabilités ». La question d’une éventuelle démission ou d’une sanction politique n’est plus taboue, dans un contexte où la crédibilité des institutions est en jeu.
Au-delà du cas individuel, cette affaire met en lumière les défis de la transition vers une gouvernance plus vertueuse. Elle rappelle que la rupture annoncée ne saurait être crédible sans une exigence forte de redevabilité à tous les niveaux de l’État. Pour le maire de Libreville, l’heure n’est plus aux justifications, mais à la clarification.









GMT TV