Levée de la suspension des réseaux sociaux : pourquoi ça coince malgré l’adoption de la loi ?
Près de cinq mois après la décision de la Haute Autorité de la Communication (HAC), annoncée le 17 février 2026, de suspendre l’accès aux réseaux sociaux, l’incompréhension ne cesse de grandir. À l’époque, cette mesure dite « exceptionnelle » avait été présentée comme une réponse à un contexte préoccupant en matière de diffusion de contenus préjudiciables. Depuis, le paysage juridique a pourtant profondément évolué. L’ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026 portant réglementation de l’usage des réseaux sociaux en République gabonaise, ainsi que l’ordonnance n°0013/PR/2026 modifiant certaines dispositions de la loi portant réorganisation de la HAC, ont été régulièrement ratifiées par les deux chambres du Parlement. En principe, ces textes offrent désormais un cadre légal permettant d’encadrer les usages numériques et concilier ordre public et libertés fondamentales. Pourtant, la suspension demeure, sans calendrier de levée ni explication.
Les conséquences de cette situation deviennent chaque jour plus lourdes puisque des centaines d’entreprises, de créateurs de contenus, de commerçants, de médias et de travailleurs indépendants voient leur activité pénalisée. Les administrations elles-mêmes subissent les effets d’une communication numérique affaiblie. En parallèle, le recours massif aux VPN expose particuliers, entreprises et institutions publiques à des risques accrus en matière de cybersécurité, créant une vulnérabilité paradoxale alors même que la protection de l’espace numérique était l’objectif affiché des autorités.
Un silence qui alimente des suspicions
Plusieurs évolutions observées depuis février plaident pourtant en faveur d’un retour à la normale. Les plateformes numériques ont engagé une coopération avec les autorités gabonaises. Le gouvernement a ainsi indiqué que plus de 23 500 contenus jugés problématiques avaient été retirés par TikTok, preuve que les mécanismes de modération peuvent fonctionner. Dès lors, qu’est-ce qui justifie encore le maintien d’une mesure aussi restrictive ? Qui détient désormais la compétence de rétablir les réseaux sociaux ? la HAC ou le gouvernement ? Cette prolongation traduit-elle une simple prudence de l’Etat ou révèle-t-elle une orientation plus durable de la politique numérique ? Ces interrogations demeurent sans réponse.
Aujourd’hui, avec le maintien des restrictions, c’est désormais la question des libertés publiques qui est posée. Le droit d’accéder à l’information, de communiquer, d’entreprendre et de participer au débat public constitue un principe essentiel de l’État de droit. Le maintien d’une restriction générale, malgré l’existence d’un cadre juridique rénové et d’une coopération renforcée avec les plateformes, s’apparente de plus en plus à une punition collective dont les populations et les acteurs économiques supportent seuls le coût. La question d’un éventuel dédommagement des structures ayant subi des pertes mérite également d’être posée. À défaut d’explications claires et d’un calendrier précis, cette situation alimente les inquiétudes sur l’évolution des indicateurs démocratiques du Gabon, alors que la transition avait suscité l’espoir d’un renforcement des libertés fondamentales et de l’État de droit.









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