Grand Libreville : 5,7 milliards collectés en 2025, pourquoi les ordures persistent-elles ?
Alors que le gouvernement a engagé depuis plusieurs semaines une offensive contre l’insalubrité dans le Grand Libreville, une question financière revient avec insistance : quelle utilisation est faite des milliards de FCFA prélevés sur les consommations d’électricité pour financer notamment le ramassage des ordures ? Dans sa livraison du 21 septembre 2026, Direct Infos Gabon évalue à près de 500 millions de FCFA par mois les recettes tirées de ce prélèvement. Une interrogation d’autant plus légitime que les dépôts sauvages continuent de ponctuer le paysage urbain.
Le paradoxe est difficile à éluder. Les ménages sont appelés à participer financièrement à l’amélioration de leur environnement à travers un prélèvement de 7 % assis sur leur consommation d’électricité, tandis que les pouvoirs publics mobilisent parallèlement communes, administrations et opérateurs pour tenter de débarrasser le Grand Libreville de ses déchets. Derrière l’urgence sanitaire se pose donc une question élémentaire de reddition des comptes : combien l’État encaisse-t-il réellement au titre de cette contribution, combien est effectivement consacré à l’assainissement et quels opérateurs ou collectivités en bénéficient ?
De la COM à la contribution pour l’amélioration du cadre de vie
Comme le rappelle Direct Infos Gabon, la Contribution pour les ordures ménagères (COM) avait été instituée par la loi n°047/2018 du 30 janvier 2019. Son taux était fixé à 7 % du montant hors taxes de la consommation d’électricité. Les distributeurs d’électricité étaient chargés de collecter cette taxe et de la reverser au receveur des impôts compétent, tandis que l’article 22 prévoyait explicitement l’affectation de son produit au ramassage des ordures ménagères, au balayage des rues et au curage des caniveaux.
Mais le cadre a changé en 2026. La loi de finances a abrogé l’ancien dispositif pour instituer la Contribution pour l’amélioration du cadre de vie, dont le taux définitif demeure fixé à 7 %. Son champ d’affectation est toutefois plus large : les recettes peuvent désormais financer non seulement le ramassage des déchets, le balayage et le curage, mais également « la construction des voiries et réseaux divers ». Autrement dit, comparer mécaniquement les recettes actuelles aux seules dépenses de collecte des ordures serait incomplet.
5,7 milliards collectés en 2025
L’ordre de grandeur reste néanmoins considérable. Les projections budgétaires indiquaient que l’ancienne COM avait généré environ 5,7 milliards de FCFA en 2025, soit une moyenne théorique de 475 millions de FCFA par mois. Le projet initial pour 2026 envisageait même de porter le prélèvement à 9 % et tablait sur 8,3 milliards de recettes, avant le maintien du taux à 7 % à l’issue de l’examen parlementaire.
Dans sa publication du 21 septembre, Direct Infos Gabon pose dès lors une question simple : « Où vont les 500 millions de FCFA prélevés chaque mois via l’EDAN ? » Si la moyenne mensuelle avancée constitue une extrapolation des recettes annuelles et non la preuve d’un encaissement identique chaque mois, elle donne néanmoins la mesure des ressources mobilisées. À titre d’illustration, sur une base taxable de 30 000 FCFA, un prélèvement de 7 % représente 2 100 FCFA, soit 25 200 FCFA sur douze mois.
La transparence, véritable angle mort du dispositif
La question ne peut cependant se réduire à demander pourquoi 475 ou 500 millions de FCFA ne suffiraient pas à nettoyer Libreville. La contribution est nationale et son affectation a été élargie depuis 2026. En revanche, l’interrogation sur sa traçabilité reste entière : quel est le montant effectivement encaissé depuis janvier 2026 ? Quelle part finance le ramassage des ordures ? Quelle part est consacrée aux voiries, au balayage ou au curage ? Quels montants ont été décaissés et au bénéfice de quelles collectivités ou prestations ?
C’est précisément là que l’offensive gouvernementale contre l’insalubrité gagnerait à être accompagnée d’une transparence budgétaire équivalente. Lorsque le citoyen contribue à chaque facture ou recharge d’électricité, il est fondé à pouvoir établir le lien entre le prélèvement acquitté et le service financé. Publier périodiquement les recettes de cette contribution, leur ventilation et les dépenses exécutées permettrait de déplacer le débat des soupçons vers les chiffres. Car dans la bataille contre les ordures, la question n’est désormais plus seulement de savoir combien l’État collecte, mais de démontrer, documents à l’appui, ce que chaque franc collecté permet effectivement de financer.








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