Gabon : «biens mal acquis», l’UDB oppose les intérêts de l’État aux considérations politiques et familiales
L’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) est entrée à son tour dans la controverse autour de l’affaire dite des « biens mal acquis ». Dans une communication rendue publique le 25 septembre 2026, repris par nos confrères de Gabonreview, le parti du président Brice Clotaire Oligui Nguema défend le maintien de l’État gabonais comme partie civile dans la procédure française, estimant que la protection du patrimoine national doit prévaloir sur les considérations politiques, familiales ou mémorielles. Une position qui intervient quelques jours après les critiques formulées par le Parti démocratique gabonais (PDG) sur la mise en cause de la mémoire d’Omar Bongo Ondimba.
Le débat autour des « biens mal acquis » quitte progressivement le seul terrain judiciaire pour devenir un sujet de confrontation politique. Après la sortie d’Ali Bongo Ondimba et la communication du secrétaire général du PDG, Ali Akbar Onanga Y’Obégué, contestant notamment la sévérité des observations produites au nom de la République gabonaise devant la justice française, l’UDB développe une lecture différente. Pour le parti présidentiel, il convient d’abord de séparer l’État des hommes qui l’incarnent temporairement : « L’État n’est ni une personne, ni une famille, ni un parti politique ». Une manière de soutenir que la défense des intérêts patrimoniaux de la République ne saurait être appréciée uniquement à travers les rapports entre l’actuel pouvoir et la famille Bongo.
Une constitution de partie civile héritée de l’ère Ali Bongo
L’un des principaux arguments avancés par l’UDB repose sur la chronologie de la procédure. Contrairement à ce que pourrait laisser penser la polarisation actuelle du débat, la démarche de l’État gabonais pour obtenir la qualité de partie civile n’a pas été initiée après le changement de régime du 30 août 2023. L’État avait entrepris cette démarche sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba. Après un premier refus du juge d’instruction en février 2022, la Cour d’appel de Paris a finalement reconnu à la République gabonaise la qualité de partie civile le 14 mars 2023, soit plus de cinq mois avant la chute de l’ancien régime.
Cette chronologie constitue un élément essentiel du débat. Elle établit que Brice Clotaire Oligui Nguema n’est pas à l’origine de l’entrée du Gabon dans la procédure comme partie civile. Elle ne signifie toutefois pas que les positions procédurales adoptées aujourd’hui seraient mécaniquement celles de l’ancien pouvoir : la responsabilité des autorités actuelles porte désormais sur la manière dont l’État exerce les droits attachés à ce statut. Comme Gabon Media Time l’avait déjà relevé, il convient donc de distinguer l’origine de la constitution de partie civile de la stratégie judiciaire actuellement poursuivie par Libreville.
L’UDB invoque la défense des intérêts patrimoniaux du Gabon
Sur le fond, l’UDB soutient que la présence de la République dans la procédure doit permettre au Gabon de défendre ses intérêts si la justice française établissait définitivement que certains biens proviennent de fonds publics détournés. L’objectif affiché est notamment de permettre que les sommes susceptibles d’être récupérées bénéficient directement au pays. La communication du parti intervient ainsi dans une controverse où s’opposent désormais deux lectures : celle du PDG, centrée notamment sur la mémoire d’Omar Bongo Ondimba et la portée des écritures produites par l’État, et celle de l’UDB, qui met en avant la permanence des intérêts patrimoniaux de la République.
Pour le parti présidentiel, être partie civile ne revient cependant pas à prononcer une culpabilité. L’UDB rappelle la séparation des rôles entre le Parquet national financier, la partie civile et les magistrats chargés de statuer. Elle insiste également sur le respect de « la présomption d’innocence, les droits de la défense et l’indépendance de la justice ». Une distinction juridiquement importante : la reconnaissance de l’État gabonais comme partie civile lui confère des droits dans la procédure, mais ne constitue pas, en elle-même, une décision sur la culpabilité des personnes mises en cause.
Mémoire d’Omar Bongo et intérêts de la République, le débat reste ouvert
C’est précisément sur ce terrain que se cristallise désormais l’affrontement politique. Le PDG considère que l’État aurait pu préserver ses intérêts patrimoniaux sans développer une argumentation jugée particulièrement sévère à l’encontre d’Omar Bongo Ondimba. L’UDB oppose à cette lecture un principe de continuité de l’État et soutient qu’aucune fidélité politique ou familiale ne devrait conduire la République à renoncer à défendre un éventuel préjudice subi par la collectivité.
Le débat ne porte donc plus seulement sur la présence du Gabon dans la procédure, puisque celle-ci avait été juridiquement consacrée dès mars 2023. Il concerne désormais l’usage que les autorités font de cette qualité de partie civile, la nature des positions défendues devant les juridictions françaises et les conditions dans lesquelles d’éventuels avoirs pourraient, à terme, revenir au pays. Pour l’UDB, le principe directeur tient en une formule : « L’argent public appartient à la Nation et sa protection relève de la responsabilité permanente de l’État ». Reste désormais à la justice française à déterminer les responsabilités et, le cas échéant, l’origine des patrimoines concernés, sans que le débat politique gabonais ne préjuge de ses décisions.









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