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«Gouverner, ce n’est pas inaugurer» : Michaël Moapa interpelle l’exécutif sur les services essentiels

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« Gouverner, ce n’est pas inaugurer. C’est anticiper. C’est s’assurer que l’eau coule, que la lumière s’allume et que le citoyen puisse parler librement ». En quelques phrases, Michaël Moapa, président du Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès (RDP), concentre sa critique sur trois marqueurs élémentaires de l’action publique : l’anticipation, l’accès aux services essentiels et l’exercice des libertés. Une sortie politique qui trouve un écho particulier dans l’actualité gabonaise, entre recul de la production d’eau et d’électricité, délestages et débat persistant autour de la régulation des réseaux sociaux.

La formule est courte, mais politiquement construite. En opposant l’acte d’« inaugurer » à celui de « gouverner », Michaël Moapa cherche à déplacer l’évaluation de l’action publique du terrain des réalisations visibles vers celui du fonctionnement quotidien de l’État. Il ne conteste pas, dans cette déclaration, l’utilité des infrastructures inaugurées ; il pose plutôt une hiérarchie : une route, un bâtiment ou un équipement nouveau ne suffisent pas à apprécier l’efficacité publique si, parallèlement, des besoins aussi fondamentaux que l’électricité, l’eau ou l’accès aux espaces d’expression connaissent des perturbations. Une grille de lecture qui intervient à un moment où plusieurs indicateurs donnent une résonance particulière à son propos.

« Que la lumière s’allume » : les chiffres donnent du poids à l’interpellation

Sur l’électricité, l’actualité est difficile à dissocier de la déclaration du responsable politique. Les données publiées pour le premier semestre 2026 font état d’une contraction de 19,7 % de la production électrique par rapport à la même période de 2025. Au deuxième trimestre, la production a certes presque cessé de reculer, à -0,1 %, mais cette évolution intervient après une chute de 13,1 % au trimestre précédent.

À cette fragilité structurelle se sont ajoutées ces derniers jours des difficultés conjoncturelles. Le 2 octobre, la SEEG indiquait qu’une pénurie de gasoil perturbait fortement ses ouvrages de production d’électricité et d’eau potable dans le Grand Libreville comme à l’intérieur du pays, entraînant des délestages rotatifs. Le 6 octobre encore, l’Agence gabonaise de presse rapportait de longues coupures à Tchibanga, où l’arrêt de la centrale avait été annoncé afin d’économiser le carburant disponible. Dans ce contexte, le « que la lumière s’allume » de Michaël Moapa dépasse la formule politique : il renvoie à la continuité même d’un service public indispensable aux ménages comme aux entreprises.

« Que l’eau coule » : un autre indicateur sous tension

Le deuxième volet de la déclaration trouve lui aussi un écho dans les données disponibles. Au deuxième trimestre 2026, la production d’eau a reculé de 1,6 %, prolongeant une succession de trimestres orientés à la baisse. Sur l’ensemble du premier semestre, la contraction atteint 4,7 %. La situation est d’autant plus sensible que les systèmes d’alimentation en eau et en électricité sont interdépendants : la SEEG elle-même a prévenu début octobre que les perturbations électriques liées au manque de gasoil pouvaient affecter la distribution d’eau potable.

C’est précisément sur ce terrain que la notion d’anticipation employée par le président du RDP prend son sens politique. « C’est anticiper », affirme-t-il. Autrement dit, l’efficacité gouvernementale ne devrait pas seulement être mesurée à la capacité de répondre à une crise une fois celle-ci installée, mais aussi à celle d’entretenir les équipements, sécuriser les approvisionnements, programmer les investissements et disposer de solutions de continuité avant que les défaillances n’atteignent les usagers. Cette lecture constitue celle de Michaël Moapa ; elle place toutefois au centre du débat une question vérifiable : les investissements et mesures engagés permettront-ils effectivement d’inverser les indicateurs de production ?

« Que le citoyen puisse parler librement » : le troisième front

Le dernier élément de sa déclaration est le plus directement politique. En affirmant que gouverner consiste également à faire en sorte « que le citoyen puisse parler librement », Michaël Moapa renvoie implicitement au débat sur les libertés publiques et numériques qui a marqué l’année 2026. Le 17 février, la Haute Autorité de la Communication avait décidé de suspendre l’accès aux principaux réseaux sociaux, invoquant notamment la diffusion de contenus diffamatoires, haineux et susceptibles de porter atteinte à la cohésion sociale et à la sécurité nationale. Le gouvernement avait publiquement soutenu cette décision tout en annonçant une réforme du cadre numérique.

La mesure a parallèlement suscité des contestations politiques, judiciaires et au sein de la société civile. En mars, une procédure engagée devant le Tribunal de première instance de Libreville avait notamment été renvoyée vers la juridiction administrative, tandis que des organisations de la société civile ont ensuite demandé la levée de la suspension au nom des libertés fondamentales. Le débat dépasse donc l’opposition simpliste entre liberté absolue et régulation : il porte sur la recherche d’un équilibre entre lutte contre les contenus illicites, protection des personnes, ordre public et garantie effective de la liberté d’expression.

Gouverner par les résultats plutôt que par les symboles

C’est finalement là que réside la force politique de la formule de Michaël Moapa. En trois propositions, le président du RDP tente d’imposer ses propres critères d’évaluation de l’action gouvernementale : capacité d’anticipation, continuité des services publics et protection des libertés. Il oppose ainsi implicitement la visibilité des inaugurations à une conception plus quotidienne de l’efficacité publique.

Mais cette critique devra elle aussi être appréciée à l’épreuve des propositions. Pointer les coupures, les difficultés d’accès à l’eau ou les restrictions numériques constitue un diagnostic politique ; présenter les investissements, arbitrages budgétaires et réformes susceptibles d’y répondre constitue l’étape suivante. Dans le Gabon de 2026, la question soulevée par Michaël Moapa est néanmoins difficile à éluder : au-delà des ouvrages inaugurés et des projets annoncés, la performance de l’État se mesure aussi, chaque matin, à des choses aussi ordinaires que l’eau qui arrive au robinet, l’ampoule qui s’allume et la possibilité pour le citoyen de s’exprimer dans le respect de la loi.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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