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Gabon : Serge Abslow à Ali Bongo, «honorer la mémoire d’un père se traduit dans les actes»

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Au lendemain de la prise de parole d’Ali Bongo Ondimba consacrée notamment à la défense de la mémoire de son père Omar Bongo Ondimba dans l’affaire dite des « biens mal acquis », Serge Abslow lui adresse une réplique particulièrement sévère. Dans une déclaration intitulée « La mémoire d’un père s’honore par les actes », il oppose aux arguments de l’ancien président son propre bilan des quatorze années passées au pouvoir, l’accusant d’avoir contribué à défaire une partie de l’héritage politique, familial et matériel laissé par Omar Bongo.

Ali Bongo Ondimba avait choisi, le 19 septembre 2026, de sortir d’un long silence pour contester non pas, selon ses propres termes, le fond de la procédure judiciaire française, mais les observations formulées par la République gabonaise et la manière dont celles-ci mettraient en cause Omar Bongo Ondimba. « Un fils peut accepter que l’on juge l’action politique de son père sans accepter que l’on bafoue sa mémoire », a notamment déclaré l’ancien chef de l’État. Une défense filiale à laquelle Serge Abessolo répond en déplaçant le débat : au-delà des paroles prononcées aujourd’hui, que reste-t-il, selon lui, de l’héritage d’Omar Bongo après les quatorze années de présidence de son fils ?

« Qui a divisé la famille d’Omar Bongo ? »

Serge Abslow ouvre d’abord le dossier familial. Il interpelle directement l’ancien président sur la place occupée sous son règne par plusieurs enfants d’Omar Bongo. « Où sont passés Pascaline, Landry, Anicet, Christian, Omar Denis Junior et Yacine Queenie Bongo Ondimba durant le règne d’Ali Bongo Ondimba ? », demande-t-il, avant d’avancer qu’ils auraient été progressivement écartés de la gestion des affaires publiques. Il s’agit ici de l’appréciation politique de l’auteur, et non d’un fait établi par la déclaration d’Ali Bongo.

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La critique s’étend à la succession d’Omar Bongo, décédé en juin 2009. Serge Abslow s’interroge sur les raisons pour lesquelles celle-ci continuerait, selon lui, à connaître des difficultés dix-sept ans plus tard. Il pose surtout une question politique : pourquoi les quatorze années pendant lesquelles Ali Bongo disposait des leviers de l’État n’auraient-elles pas permis de résoudre ces différends ? En ramenant la défense de la mémoire d’Omar Bongo à la gestion de son héritage familial, Serge Abslow cherche ainsi à opposer le bilan du fils à son discours actuel.

Africa N°1, Cité de la Démocratie : Abessolo convoque l’héritage matériel

La charge porte ensuite sur plusieurs réalisations emblématiques associées aux années Omar Bongo. Serge Abslow cite notamment Africa N°1, le Parc des Expositions de Libreville et la Cité de la Démocratie. « Que sont devenus Africa Numero1, le Parc des Expositions de Libreville et la Cité de la Démocratie […] au cours des 14 années d’Ali Bongo ? », interroge-t-il. À travers ces exemples, son argument consiste à soutenir que la préservation d’une mémoire présidentielle devrait également s’apprécier à travers la conservation de ses réalisations.

C’est précisément autour de cette notion d’héritage que s’affrontent les deux discours. Ali Bongo demande que l’histoire nationale soit regardée « sans effacer personne, sans sanctifier personne, sans diaboliser personne » et affirme qu’Omar Bongo appartient désormais à l’histoire du Gabon. Serge Abslow lui oppose une lecture beaucoup plus sévère : « Honorer la mémoire d’un père se traduit dans les actes posés pour la défendre. » Deux conceptions de la mémoire d’Omar Bongo se retrouvent ainsi frontalement confrontées.

Une bataille politique autour de l’héritage d’Omar Bongo

La sortie de Serge Abslow intervient surtout au moment où la mémoire d’Omar Bongo redevient un objet du débat politique. Dans sa déclaration, Ali Bongo ne s’est d’ailleurs pas limité au registre familial. Il a parlé comme ancien président de la République et comme président du Parti démocratique gabonais, annonçant une prochaine prise de parole consacrée à « l’organisation », « l’unité » et « l’avenir » du PDG. La défense de la mémoire paternelle précède donc explicitement un retour annoncé sur le terrain partisan.

Serge Abslow y voit pour sa part une tentative de renouer avec ceux qui demeurent attachés à la figure d’Omar Bongo et oppose le bilan d’Ali Bongo à l’action de Brice Clotaire Oligui Nguema. Cette dernière comparaison relève clairement de son appréciation politique et doit être lue comme telle. Mais derrière la virulence de cette passe d’armes se dessine désormais un enjeu plus large : à mesure qu’Ali Bongo reprend publiquement la parole, l’héritage d’Omar Bongo, familial, politique et institutionnel, pourrait redevenir l’un des terrains sur lesquels se disputera le récit des quatorze années ayant séparé les deux présidences Bongo.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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