Gabon : quid de la valorisation des tissus gabonais ?
Le Gabon, pays comportant plusieurs ethnies, rites, us et coutumes, semble s’être détourné de son patrimoine vestimentaire. Alors que le monde change et que le pays se lance dans une course à la modernité, les tissus qui représentent chaque groupement ethnique se trouvent mis à l’écart, au détriment du seul raphia qui est mis en avant dans la majorité des créations vestimentaires.
C’est une situation qui semble être profondément reléguée au second plan par les créateurs, stylistes, et les promoteurs de la culture gabonaise. Pourtant le Gabon a annoncé le port obligatoire de la tenue traditionnelle. Ce en annonçant la création future de la tenue traditionnelle dont la fin des candidatures a eu lieu au mois d’avril 2026. Seulement, la question des tissus intrinsèques au peuple gabonais se pose. « Aujourd’hui, nous cherchons parfois notre identité dans ce qui est déjà visible, alors qu’une partie de notre identité se trouve encore dans ce que nous n’avons pas suffisamment recherché », a déclaré Paule Maroussia, Consultante en structuration sectorielle mode.
Pourquoi chercher ailleurs ce qui existe déjà chez soi ?
Le patrimoine vestimentaire gabonais est riche et nul ne peut le nier. Que l’on soit Adouma, Awandji, Téké, Punu, Fang, Mitsogho chaque ethnie a su se faire une identité visuelle. Chez les Fang, le tissu Obôm est fait à partir d’écorces d’arbres; les Téké eux ont dans leur garde robe le Nta-ngô. Un pagne de velours rouge qui a plusieurs variantes, à savoir le Mbulu a ngo, nkami, nta-ngô-mfumu. Ceux-ci représentent des panthères et champs de manioc. Le peuple Tsogho aussi détient sa particularité avec le Ibongo. Tissu en raphia qui porte souvent des rayures ou est orné de bariolage. Hélas, ces tissus ont peu à peu quitté l’usage quotidien pour être remplacés, semble-t-il par le seul raphia.
Mariage ou tenue traditionnelle, il devient aisé pour les créateurs de mode de se procurer et travailler du raphia au détriment des autres tissus. Pour la consultante en structuration sectorielle mode, « nos designers ne sont pas des chercheurs. C’est un problème. Ils doivent aller beaucoup plus loin dans l’exploration de nos tissus, de nos matières, de nos vêtements, de nos techniques et de nos symboles ». Mais comment accomplir de telles prouesses lorsque ce secteur n’est pas encore véritablement pris en compte? Comment valoriser son patrimoine vestimentaire lorsque la chaîne de la transmission et de la documentation s’est brutalement coupée entre les générations?
Aujourd’hui il n’est plus seulement question de créer une tenue traditionnelle ou même d’instaurer le port de cet apparat chaque vendredi. Il faut que chaque partie autour aille chercher pour faire revivre le vêtement propre à tous. Car, ce n’est pas en créant ou en allant puiser dans des origines qui ne sont pas propres à la culture gabonaise que les choses changeront, au contraire, celà ne fera que contribuer au déracinement de chaque gabonais envers sa culture.







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