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Gabon : pourquoi couper les réseaux sociaux ne règle pas les crises ?

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Alors que l’Afrique centrale s’enfonce dans une spirale de restrictions numériques, le cas du Gabon illustre une tendance régionale inquiétante. En février 2026, le pays a de nouveau restreint l’accès à certaines plateformes numériques, ravivant un débat brûlant : le silence numérique garantit-il la paix sociale ? Pour l’Institut for Security Studies (ISS), la réponse est sans appel : c’est un remède illusoire.

Souvent imposées lors d’élections ou de tensions institutionnelles, ces coupures visent à freiner la circulation de l’information. Si elles calment temporairement la rue, le rapport de l’ISS souligne qu’elles ne traitent jamais les causes profondes de l’instabilité. Au Gabon, comme ailleurs, invoquer la lutte contre la désinformation ou les discours de haine ne suffit plus à masquer une réalité : l’étouffement de la contestation.

Une facture économique salée et des violations des droits 

Loin d’être indolores, ces mesures sont un frein majeur au développement. En 2025, les interruptions numériques ont coûté à l’Afrique subsaharienne environ 1,11 milliard de dollars soit 615 milliards de FCFA. Pour une économie gabonaise en quête de diversification, les conséquences sont concrètes. ralentissement commercial et paralysie des services numériques; perte de confiance des investisseurs étrangers et entrave au travail quotidien des citoyens et des entreprises.

La Commission internationale des juristes (CIJ) est formelle : ces pratiques constituent des violations de la liberté d’expression. Entre 2016 et 2024, 193 coupures d’État ont été recensées dans 41 pays africains. Ce recours systématique à la « censure 2.0 » nuit gravement aux ambitions de transformation digitale des États.« Les restrictions répétées nuisent à la confiance des investisseurs et freinent les ambitions de transformation digitale », alertent les experts de l’ISS Africa.

Vers une stabilité réelle

Pour les analystes, la véritable stabilité ne naîtra pas du blocage des réseaux sociaux, mais de réformes structurelles. Le dialogue politique, la transparence électorale et la crédibilité des institutions sont les seuls leviers capables de désamorcer les crises. En refermant le web, les autorités ne font que repousser l’échéance d’une crise qui, faute de soupape de sécurité, risque de s’exacerber. À Libreville comme ailleurs, l’avenir se joue désormais sur une connexion libre et un débat ouvert.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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