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Gabon : malgré la régulation des réseaux sociaux, le pays toujours sous cloche

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Le 17 février 2026, le porte-parole de la Haute autorité de la communication annonçait la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des réseaux sociaux. Une décision lourde de sens, motivée par la nécessité de réguler cet espace devenu au fil du temps une zone de non droit. Après de vifs débats et protestations aussi bien au sein de la classe politique que de la population, le gouvernement a fini par légiférer sur la question, adoptant un cadre normatif. Cependant, malgré l’entrée en vigueur du texte, les gabonais sont toujours privés de leurs réseaux sociaux, de quoi s’interroger sur les intentions réelles de l’exécutif. 

L’Ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026 portant règlementation de l’usage des réseaux sociaux via les plateformes numériques en République Gabonaise devient le texte par excellence qui punit les écarts sur les plateformes numériques. Bien que le Parlement doit encore statuer pour l’amender, le valider ou le retirer du corpus, il n’en demeure pas moins qu’à l’heure actuelle il s’applique à tous. Dans un tel contexte, qu’est-ce qui peut justifier le maintien de la suspension des réseaux sociaux ? 

Une économie numérique en souffrance 

Une lueur d’espoir est pourtant née le 1er avril dernier lors d’une Conférence de presse du ministre de la Communication et des médias, Germain Biahodjow. Lequel annonçait une levée progressive de cette mesure sur l’étendue du territoire, sans toutefois fixer de date. Une annonce qui, à ce jour, demeure non effective. La délégation du groupe TikTok, dont le gouvernement avait annoncé la venue prochaine à Libreville pour s’accorder sur la régulation des contenus, n’a jamais foulé le sol gabonais. Du côté du parlement, difficile de savoir quand sera examiné le texte. 


Seule certitude, c’est l’impact économique de ce black-out sur l’économie numérique. Invité de Gabon Media Time le 18 mars dernier, le Directeur général de la SING, Yannick Ebibie évaluait à près de 23 milliards de FCFA les pertes déjà enregistrées par le secteur. Ce chiffre n’est pas une vue de l’esprit. Sur la toile, les créateurs de contenu s’alarment de cette « punition collective », qui les affecte directement au portefeuille. Même raisonnement pour les commerçants en ligne qui boostent leurs ventes via les réseaux sociaux. S’il est à ce stade difficile de se prononcer sur les conséquences économiques pour chaque opérateur, il ne fait aucun doute que la facture à terme sera salée, avec des conséquences non négligeables sur les emplois. Un sacrilège pour un État qui fait face à un chômage structurel, doublé d’une dette publique qui plombe ses capacités d’investissement. Seul espoir désormais, que le gouvernement parvienne à dédommager tous ces acteurs de l’économie numérique lourdement frappés.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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