Gabon : pour Minlama, une démocratie forte a besoin d’une opposition forte
Alors que le paysage politique gabonais se restructure autour de la majorité présidentielle issue de la Ve République, Dieudonné Minlama Mintogo appelle à ne pas confondre adhésion populaire et unanimisme politique. Dans un entretien accordé à Échos du Nord, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2016 estime que la stabilité du Gabon passe par l’existence d’une opposition crédible, respectée et pleinement associée au débat démocratique.
Depuis l’élection de Brice Clotaire Oligui Nguema à la magistrature suprême, le paysage politique gabonais connaît une profonde recomposition. Entre les ralliements successifs à l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), la fragilisation de certaines formations historiques et l’émergence de nouveaux équilibres, une question commence à s’imposer : quelle place pour l’opposition dans la Ve République ?
Pour Dieudonné Minlama Mintogo, la réponse est sans ambiguïté. Une démocratie ne se mesure pas uniquement à la force de sa majorité, mais aussi à la qualité de son opposition.
Selon lui, l’une des erreurs que pourrait commettre le nouveau système politique serait de considérer les voix discordantes comme des obstacles plutôt que comme des composantes normales de la vie démocratique.
Le pluralisme comme rempart contre les dérives
L’ancien opposant rappelle que les démocraties modernes se construisent sur l’existence d’un débat permanent entre différentes sensibilités politiques. Dans ces systèmes, l’opposition ne constitue pas une menace pour les institutions ; elle participe au contraire à leur consolidation.
Pour Dieudonné Minlama, le rôle d’une opposition responsable est d’interroger, de critiquer, de proposer et d’alerter lorsque cela est nécessaire. Cette fonction devient d’autant plus importante dans un contexte où une majorité politique bénéficie d’une légitimité électorale particulièrement forte.
À ses yeux, l’absence de contradiction ou la marginalisation des opinions divergentes peut progressivement conduire à un affaiblissement du débat public et de la qualité de la décision politique.
Éviter la tentation de l’unanimisme
Le président d’Ensemble pour la République met également en garde contre les risques liés à une concentration excessive du pouvoir politique.
Si le score obtenu par le président Oligui Nguema traduit une adhésion populaire exceptionnelle, il ne saurait justifier l’effacement des autres sensibilités nationales. Car la démocratie ne consiste pas à faire disparaître les divergences ; elle consiste à les organiser pacifiquement dans le cadre des institutions.
Pour lui, la stabilité durable du Gabon ne pourra être garantie que par un dialogue permanent entre majorité, opposition, syndicats, organisations de la société civile et forces vives de la Nation.
Construire une République de dialogue
Au fond, la réflexion de Dieudonné Minlama dépasse le simple cadre partisan. Elle interroge la nature même de la Ve République que les Gabonais souhaitent bâtir.
Veulent-ils une République dominée par une seule voix ou une République capable d’organiser le dialogue entre des visions différentes du pays ?
Pour l’ancien candidat à la présidentielle, l’histoire des grandes démocraties montre que les nations les plus stables sont souvent celles qui ont su faire de leurs divergences une richesse plutôt qu’un facteur de division.
Dans cette perspective, renforcer l’opposition ne reviendrait pas à affaiblir le pouvoir. Ce serait au contraire contribuer à la solidité des institutions et à la maturité démocratique du Gabon. Une conviction qui résonne comme un appel à préserver l’esprit d’ouverture et de rassemblement qui a accompagné la naissance de la Ve République.










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