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Gabon : l’IGIS critiqué pour l’usage de l’IA, une incohérence avec sa mission

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Depuis le 17 avril 2026, l’Institut gabonais de l’image et du son (IGIS) est vivement critiqué sur les réseaux sociaux pour avoir utilisé une image générée par intelligence artificielle lors de la Journée nationale des droits des femmes. Une polémique qui soulève des interrogations sur la place des professionnels de la création dans un contexte de transformation numérique accélérée.

L’Institut gabonais de l’image et du son (IGIS), structure publique censée promouvoir les métiers de l’image et de la création audiovisuelle, se retrouve au cœur d’une controverse inattendue. En cause : la publication, le 17 avril dernier, d’un visuel conçu à partir de l’intelligence artificielle pour marquer la Journée nationale des droits des femmes.

Si l’usage de l’IA dans la production visuelle tend à se démocratiser, la démarche de l’IGIS a suscité une vague d’indignation sur Facebook, où de nombreux internautes ont dénoncé une incohérence, voire une forme de renoncement à la valorisation des compétences locales.

Une polémique révélatrice d’un malaise plus profond

Très rapidement, les critiques ont afflué. « Non les autres oui mais pas l’IGIS, non oh. Prenez un infographe s’il vous plaît », s’est insurgé un internaute, pointant du doigt la responsabilité symbolique de l’institution. Un autre renchérit : « On fait dans la paresse déjà. Aucun travailleur de l’IGIS ne pouvait faire une production par un humain pour cette journée nationale dont la date est connue depuis des années. »

Au-delà de la simple polémique, ces réactions traduisent un malaise plus profond au sein de l’écosystème créatif gabonais. Pour beaucoup, le recours à l’intelligence artificielle par une institution de référence en matière d’image apparaît comme un signal contradictoire, voire inquiétant.

L’IA, entre innovation et risque de dévalorisation des compétences

L’affaire pose en filigrane une question centrale : quelle place pour les professionnels de l’image à l’ère de l’intelligence artificielle ? Si ces technologies offrent des gains de temps et de productivité, elles interrogent également sur le devenir des métiers traditionnels de la création.

Dans le cas précis de l’IGIS, l’enjeu est d’autant plus sensible que l’institution est censée accompagner, former et valoriser les talents nationaux. En optant pour un visuel généré automatiquement, elle semble, aux yeux de certains observateurs, envoyer un message paradoxal à l’endroit des infographistes, designers et créateurs locaux.

Une nécessité d’encadrement et de stratégie

Cette controverse intervient dans un contexte où le Gabon, à l’instar de nombreux pays, amorce une réflexion sur la régulation des contenus générés par intelligence artificielle. Les récents textes encadrant le numérique insistent d’ailleurs sur la nécessité de transparence et de traçabilité des contenus.

Pour les acteurs du secteur, l’enjeu n’est pas de rejeter l’IA, mais de l’intégrer dans une logique complémentaire, au service de la création humaine. « L’intelligence artificielle doit être un outil, pas un substitut », résume un professionnel du secteur interrogé.

Reste désormais à savoir si l’IGIS apportera des clarifications sur ce choix, et surtout s’il ajustera sa stratégie pour concilier innovation technologique et valorisation des compétences locales. Car au-delà de la polémique, c’est bien l’avenir de toute une filière qui se dessine en creux.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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