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Gabon : «Le miroir de notre justice», la charge sans détour de Fred Zehou Moussok

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Dans une tribune au ton incisif et profondément critique, le juriste Fred Zehou Moussok interroge le fonctionnement actuel de la justice gabonaise, qu’il estime en perte de repères entre impératif d’État de droit et dérives perçues d’instrumentalisation politique. À travers une série de formules percutantes, il dénonce une justice qui « ne rassure plus », appelant à une refondation profonde fondée sur l’indépendance, l’équité et la restauration de la confiance citoyenne. Lecture. 

« Le miroir de notre justice 

Aucune justice ne fait preuve de grandeur quand elle exerce la vengeance de ceux qui sont au pouvoir contre ceux qui sont dans l’opposition. 

Aucune justice n’est noble lorsqu’elle légitime l’état de nature et avilit l’État de droit. 

Aucune justice ne rassure quand elle est au service du droit de la force, au détriment de la force du droit. 

Aucune justice n’est équitable en donnant le sentiment qu’elle protège les partisans du pouvoir, pourtant eux aussi abonnés à la déloyauté envers la Nation et l’État, tandis qu’elle sévit ceux qui le contredisent. Alors que la loi doit être la même pour tous, selon qu’elle protège ou selon qu’elle punit. 

Aucune justice n’incarne la sagesse en appliquant la loi sans discernement. L’emprisonnement est-il incontournable ? La loi pénale dans son étendue n’aménage-t-elle pas la résolution amiable pour éviter un éventuel procès? Les réponses sont évidentes. 

Aucune justice n’est digne quand elle repose sur l’humiliation et la terreur quotidiennes des citoyens, pour garantir le respect de la loi. Elle devient une justice terroriste. Elle crée la peur et pas la confiance. Quel Gabonais se sent encore en confiance avec cette justice ? 

Aucune justice ne respecte la Démocratie en se soumettant au pouvoir exécutif qu’elle établit comme son maître. Elle trahit sa mission historique: celle de s’en émanciper, d’en être un contre-pouvoir, dans le but de modérer le pouvoir du gouvernement et de protéger les libertés. 

Aucune justice n’est rendue au nom du peuple quand elle rend des décisions au nom d’un autre maître que lui. 

La justice est face à son miroir. Quand elle s’y regarde, quel est son reflet? Est-elle la plus belle ou la plus laide? Choisit-elle l’émancipation ou la soumission ? 

La justice rendue au nom du peuple a abdiqué face à la justice du plus fort. La justice du plus fort va provoquer la justice populaire. Dans les deux derniers cas, il n’y a plus d’État de droit. 

Le miroir de notre justice est, en réalité, le miroir de notre peuple. Un peuple abusé, un peuple déboussolé, un peuple affaibli. 

Pour réinventer notre justice, notre peuple devra se réinventer en changeant son imaginaire: son rapport au sacré, à l’humanité, à la citoyenneté, au pouvoir et à la solidarité. 

Le pouvoir a toujours utilisé la division pour mieux régner et la répression, même judiciaire, pour neutraliser. 

Le peuple devra se réapproprier les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire pour avoir un État démocratique. C’est la bataille qui s’engage. »

Fred Zehou Moussok

Doctorant en droit

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