Gabon : l’unité nationale face à la montée des replis identitaires
Alors que les débats identitaires et les tensions communautaires semblent gagner progressivement l’espace public gabonais depuis l’avènement de la Vème République, Julien Nkoghe Bekale, ancien premier ministre appelle à une vigilance collective pour préserver l’unité nationale. Dans une tribune publiée sur ses réseaux sociaux, l’homme politique alerte sur les risques liés aux dérives tribalistes, régionalistes et ethnicistes qui pourraient fragiliser durablement la cohésion républicaine du pays. Lecture.
Aujourd’hui, je veux vous parler d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur : la question de l’unité nationale dans notre pays.
Quelques voix courageuses se sont élevées ces derniers temps pour alerter sur les risques que certaines dynamiques sociales font peser sur l’unité nationale. J’ajoute aujourd’hui ma voix à celles de mes compatriotes qui ont déjà abordé ce sujet.
Le Gabon est une nation multiethnique dont la diversité et l’unité constituent la première richesse. Depuis la période de transition et l’avènement de la 5e République, cette unité nationale semble être confrontée à des tensions silencieuses mais réelles, observées dans le débat public, les comportements politiques et certaines dynamiques sociales.
Ces signaux traduisent une montée de logiques identitaires, tribalistes, régionalistes, voire ethnicistes, susceptibles à terme de fragiliser profondément l’unité nationale. Le danger est d’autant plus réel qu’il s’installe de manière diffuse, souvent banalisée, parfois même présentée comme une revendication culturelle ou démographique.
Oui, la valorisation des identités culturelles, des langues nationales et des traditions est une richesse légitime qu’il convient d’encourager. Mais elle ne saurait servir de prétexte à la structuration d’espaces d’influence politique.
Il existe, en effet, une frontière extrêmement fragile entre la promotion culturelle et l’instrumentalisation communautaire. L’expérience politique africaine montre que les fractures nationales commencent rarement par des conflits ouverts. Elles prennent d’abord naissance dans les imaginaires collectifs, dans les perceptions d’exclusion ou de domination communautaire, avant de devenir des fractures politiques durables.
Lorsqu’une communauté commence à s’organiser non plus autour de sa culture mais autour d’une logique implicite de puissance, alors les germes de la fragmentation nationale commencent à apparaître. De même, lorsque l’affirmation identitaire devient démonstrative, elle finit presque toujours par susciter en retour des réflexes de méfiance ou d’opposition chez les autres composantes de la nation.
Un citoyen qui commence à se définir d’abord par son appartenance ethnique avant de se reconnaître dans la nation fragilise le lien républicain.
Le danger n’est pas seulement social ; il est profondément politique.
Cette évolution constitue un risque majeur pour la stabilité future du pays. Le Gabon a toujours échappé aux conflits intercommunautaires grâce à une volonté politique forte de préserver l’équilibre national.
Dans ce contexte, le rôle du Président de la République devient central. Il incarne l’unité nationale. En sa qualité de Père de la Nation, il lui appartient d’anticiper dès maintenant ces dynamiques par une réponse institutionnelle organisée, forte et républicaine.
Sa parole est attendue.
Cependant, la préservation de l’unité nationale ne peut reposer uniquement sur le Président de la République. Elle est une responsabilité collective et permanente.
La complexité de la gestion de l’unité nationale et la prise en compte des intérêts de toutes les composantes de la nation militent en faveur d’un cadre national de concertation inclusif et pluridisciplinaire, capable d’appuyer le Président de la République dans la formulation d’une politique de prévention des dérives régionalistes ou tribalistes et de promotion de l’unité nationale.
L’unité nationale n’est pas un acquis définitif.
Elle se protège.
Elle se cultive.
Elle se défend chaque jour.
Car lorsqu’une Nation commence à se regarder d’abord à travers le prisme des appartenances ethniques, elle prend le risque de ne plus se reconnaître comme une communauté de destin.
Pour un Gabon uni, fort et républicain
Julien Nkoghe Bekale, Ancien premier ministre









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