Gabon : le journaliste Tounda Youbi écroué, le RENAJI dénonce une procédure opaque
Le journaliste Médard Tounda Youbi a été placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville après une plainte du ministre du Commerce, Gninga Chaning Zenaba. Si les accusations initiales ont été rejetées faute de preuves, de nouveaux éléments issus de l’exploitation de son téléphone ont conduit à une requalification du dossier, suscitant des inquiétudes sur le respect des droits et de la liberté de la presse.
L’affaire Médard Tounda Youbi relance le débat sur la liberté de la presse au Gabon. Le journaliste du média en ligne « Youbi Info Médias » a été placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville, dite « Sans famille », à la suite d’une chronique critique visant le ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce et des PMI-PME. Une décision judiciaire qui intervient dans un contexte où les rapports entre pouvoir public et médias restent particulièrement sensibles.
Selon le Réseau National des Journalistes Indépendants (RENAJI), dont il est membre, le journaliste avait pourtant répondu à une convocation officielle le 20 avril 2026 « dans le strict respect des procédures en vigueur ». Cette collaboration avec les autorités n’a cependant pas empêché une évolution rapide et controversée de la procédure.
Des accusations initiales écartées, un dossier relancé
À l’issue de son audition devant le parquet, les accusations de diffamation, de chantage et d’extorsion de fonds ont été rejetées. « Les accusations […] ont été rejetées par l’autorité judiciaire, faute d’éléments probants suffisants », précise le RENAJI dans son communiqué, soulignant l’absence de fondement initial des poursuites.
Toutefois, le dossier a connu un revirement après la saisie du téléphone du journaliste. Des enregistrements audios ont été versés au dossier, ouvrant la voie à une requalification des faits. Une évolution qui suscite des interrogations, le RENAJI appelant à « une attention particulière quant au respect des règles encadrant la preuve et la procédure ».
Plus préoccupant encore, l’organisation évoque des conditions de procédure jugées opaques. Alors qu’il lui avait été demandé de suspendre toute publication dans l’attente d’un nouvel interrogatoire prévu le 22 avril, Médard Tounda Youbi a été reconvoqué dès le lendemain, dans des circonstances qualifiées de floues.
Une procédure critiquée par les organisations professionnelles
Depuis cette nouvelle convocation, le journaliste serait maintenu en détention « sans communication officielle détaillant les fondements de cette mesure », déplore le RENAJI. Cette situation alimente les inquiétudes sur la transparence de la procédure et le respect des garanties fondamentales.
L’organisation rappelle avec insistance le principe de présomption d’innocence. « Ce principe impose que nul ne soit considéré comme coupable tant que sa responsabilité n’a pas été établie par une juridiction compétente », souligne-t-elle, appelant les autorités à veiller au respect strict des droits de la défense.
Au-delà du cas individuel, le RENAJI insiste sur les implications pour l’exercice du métier de journaliste. « L’exercice du métier de journaliste […] est protégé par les lois de la République et par les engagements internationaux relatifs à la liberté d’expression », rappelle le réseau.
Une affaire à fort enjeu pour la liberté de la presse
Cette affaire prend une dimension particulière en raison du contenu même de la publication incriminée. Dans son article intitulé « Un autre projet à l’abandon ! », Médard Tounda Youbi dénonçait le manque de suivi d’un projet public, interrogeant directement l’efficacité de l’action ministérielle.
« Les Gabonais attendent depuis 6 mois ce projet annoncé en grande pompe. C’est le silence total ! », écrivait-il, avant de questionner l’appréciation du chef de l’État sur la performance du département concerné. Des propos critiques qui s’inscrivent dans le cadre du débat public, mais qui semblent avoir déclenché une réaction judiciaire.
À l’approche de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai, cette affaire apparaît comme un test pour les autorités gabonaises. Le RENAJI se dit prêt à « engager toute action appropriée […] afin de garantir le respect des principes de l’État de droit », laissant entrevoir une possible judiciarisation du dossier au-delà du cadre national.









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