Gabon : la mairie de Libreville réservée aux ressortissants de l’Estuaire, quelle pertinence en 2026 ?
En 2026, l’Hôtel de Ville de Libreville semble figé dans une grammaire politique que beaucoup croyaient révolue. Puisque la désignation d’Eugène Mba à la tête de la capitale gabonaise ravive un débat sur la « géopolitique omarienne». Un code non écrit, instauré sous le système Bongo-PDG et l’ère d’Omar Bongo, qui consistait à réserver le prestigieux fauteuil de maire aux populations autochtones de la province de l’Estuaire, et plus particulièrement à l’ethnie Fang.
Si une vague brèche s’était ouverte sous Ali Bongo Ondimba avec l’accession de Rose Christiane Ossouka Raponda, une Myéné, à la mairie, la volonté affichée de rupture n’était qu’une façade au fond. Puisque le concept était le même, « Un fils ou une fille de l’Estuaire pour gérer Libreville ». Le « Coup de Libération » mené par le CTRI a poursuivi cette dynamique en nommant Le Général Jude Ibrahim Rapontchombo en qualité de délégué spécial, lui aussi originaire de l’Estuaire.
Libreville, la commune sous pré-carré Estuarien ?
Il va sans dire que les standards arrêtés par les gestionnaires de la vie publique ont acté ce mode de fonctionnement comme normal. Pourtant, cette posture a été vigoureusement dénoncée par Maître Anges Kevin Nzigou. Candidat malheureux à l’édilité. L’avocat et homme politique a fustigé des codes issus d’une ère dépassée. « Libreville n’a pas besoin d’un maire choisi par un pacte clanique, mais d’un maire choisi par le peuple », avait-il rappelé lors de son annonce de candidature.
Le choix du maire porté quasi exclusivement sur un individu originaire de l’Estuaire pousse à réfléchir sur l’égalité de tous les individus et la méritocratie. Dans une capitale politique du Gabon qui appartient à tous les Gabonais, l’accès à la première place à la Mairie de Libreville ne saurait être gérée par une seule ethnie au nom d’équilibres géopolitiques. Ces héritages coloniaux sont obsolètes sous d’autres cieux. L’exemple aux États-Unis où Zohran Mamdani a été élu maire de New-York, une première pour un musulman.
Ainsi donc les enjeux économiques et de développement exigent une expertise technique sans frontières provinciales. Les défis d’urbanisation et d’assainissement colossaux, sont des défis à relever par tout individu ayant une aptitude managériale et non la chance d’être Fang ou Myéné de l’Estuaire. Le défi à l’heure où ce plaidoyer républicain est fait est de voir la 5eme République migrer vers un maire porteur d’un projet. Et ce, qu’il soit né au bord du Komo, à Minkebe ou dans les montagnes de l’Ogooué-Lolo. Un sage dignitaire Essibonais rappelait que l’unité nationale passe par la fin de ces chasses gardées géographiques.









GMT TV