Derniers articlesSOCIETE

Gabon : la FETRAG accuse certains employeurs d’exploiter la précarité des travailleurs immigrés

Ecouter l'article

Le secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Gabon (FETRAG), Jocelyn Louis Ngoma, s’insurge contre les accusations de paresse visant les travailleurs gabonais et dénonce les pratiques de certains employeurs qui profiteraient de la précarité des salariés étrangers. Réagissant à une vidéo montrant un ouvrier manipulant un coffrage suspendu à une grue, à une hauteur importante et sans harnais visible, le responsable syndical estime que la nécessité économique ne doit pas conduire les travailleurs à accepter n’importe quelles conditions d’emploi. Une prise de position qui relance le débat sur l’exploitation de la main-d’œuvre, la concurrence entre salariés et la responsabilité des entreprises au Gabon.

La question de la place des travailleurs gabonais sur le marché national de l’emploi continue d’alimenter les débats. Dans une publication intitulée « Le Gabonais est paresseux ???? », Jocelyn Louis Ngoma remet en cause un discours qui tendrait à présenter les nationaux comme moins disposés à travailler que certains salariés étrangers. Pour le secrétaire général de la FETRAG, cette comparaison occulte les rapports de force économiques qui conduisent des personnes en situation de grande précarité à accepter des conditions que d’autres refusent. Il invite ainsi à déplacer le débat des supposées dispositions individuelles au travail vers les pratiques de recrutement et de gestion de la main-d’œuvre.

Le refus de conditions dangereuses assimilé à de la paresse ?

À l’origine de cette réaction, une vidéo montrant un ouvrier tentant de positionner un coffrage suspendu à une grue, dans des circonstances présentant un risque manifeste. L’identité du travailleur, sa nationalité, le lieu de l’enregistrement et l’entreprise concernée ne sont toutefois pas précisés. Pour Jocelyn Louis Ngoma, ces images illustrent les situations extrêmes auxquelles certains salariés peuvent être confrontés lorsqu’ils cherchent à préserver leur emploi ou à assurer leur subsistance.

Canal_octobre

« Depuis quand refuser de risquer sa vie pour un salaire de misère est-il devenu de la paresse ? », s’interroge le responsable syndical. À travers cette formule, il conteste l’idée selon laquelle l’acceptation de tâches particulièrement périlleuses constituerait un critère de motivation professionnelle. Selon lui, le refus de certaines conditions d’emploi ne saurait suffire à disqualifier les travailleurs gabonais ni à remettre en cause leur volonté de participer à l’activité économique.

La vulnérabilité des immigrés comme levier d’exploitation

Le secrétaire général de la FETRAG attire également l’attention sur la situation de travailleurs étrangers confrontés à une forte précarité économique ou administrative. Il estime que certains employeurs peuvent tirer avantage de cette vulnérabilité pour imposer des rémunérations faibles et des conditions difficiles, particulièrement lorsque les salariés concernés disposent de peu de possibilités de recours.

« Le problème n’est pas le travailleur immigré qui cherche à survivre. C’est le système qui profite de sa détresse pour banaliser l’exploitation humaine et tirer vers le bas les conditions de travail de tous », affirme-t-il. Le syndicaliste prend ainsi soin de distinguer la responsabilité des employeurs de celle des travailleurs immigrés, eux-mêmes exposés à des situations de dépendance économique. Son analyse met en cause un modèle de concurrence dans lequel l’acceptation de conditions défavorables pourrait devenir un avantage recherché par certaines entreprises.

Un débat sur les pratiques patronales et la dignité du travail

Au-delà de la polémique sur la prétendue paresse des Gabonais, cette intervention pose la question des critères utilisés pour recruter, rémunérer et évaluer les salariés. La disponibilité à travailler dans des conditions précaires ne saurait, à elle seule, être assimilée à une compétence professionnelle. Pour les organisations syndicales, l’enjeu consiste notamment à faire respecter des règles communes afin d’éviter que les travailleurs nationaux et étrangers soient placés dans une concurrence fondée sur leur degré de vulnérabilité.

Jocelyn Louis Ngoma défend ainsi une approche qui associe la dignité du travail à la protection de l’ensemble des salariés, indépendamment de leur origine. « Aucun homme, Gabonais ou étranger, ne devrait avoir à choisir entre mourir de faim et risquer de mourir au travail ! », insiste-t-il. Si les faits évoqués dans la vidéo nécessiteraient des vérifications pour identifier d’éventuels manquements, la sortie du secrétaire général de la FETRAG soulève une interrogation plus large : jusqu’où certaines entreprises peuvent-elles tirer profit de la précarité des travailleurs sans remettre en cause l’équité du marché de l’emploi gabonais ?

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GMT TV

Ce message d’erreur est visible uniquement pour les administrateurs/administratrices de WordPress.

Erreur 403 : The request cannot be completed because you have exceeded your quota..

Domain code: youtube.quota
Reason code: quotaExceeded

Erreur : aucune vidéo n’a été trouvée.

Assurez-vous qu’il s’agit d’un identifiant de chaine valide et que la chaine a des vidéos disponibles sur youtube.com.

Bouton retour en haut de la page