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Gabon : Hervais Omva appelle à « arracher » la filière pêche des mains étrangères pour reconquérir la souveraineté halieutique

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Dans une tribune consacrée à la souveraineté halieutique du Gabon, Hervais Omva, expert en développement agricole et promoteur de solutions de souveraineté alimentaire, appelle à une profonde réorganisation du secteur national de la pêche. Pour l’agripreneur gabonais, la maîtrise des ressources maritimes, la gabonisation des activités, le soutien aux femmes mareyeuses et la transformation locale doivent désormais permettre au pays de créer davantage d’emplois et surtout de rendre le poisson accessible aux ménages. Une position qui s’inscrit dans le prolongement de la volonté affichée par les autorités de développer une véritable filière halieutique nationale.

Le paradoxe constitue le point de départ de son analyse : malgré son importante façade maritime et ses ressources halieutiques, le Gabon demeure confronté à un poisson dont le prix pèse lourdement sur le panier des ménages. Hervais Omva y voit le résultat d’un modèle qui aurait insuffisamment permis aux nationaux de maîtriser la capture, la commercialisation et surtout la transformation de la ressource. Il appelle désormais à passer d’une économie d’exploitation à une véritable industrie nationale de la pêche.

Reprendre le contrôle de la chaîne de valeur

Hervais Omva s’appuie notamment sur la remise en question de la coopération halieutique avec l’Union européenne et sur le programme Gab-Pêche pour défendre une réappropriation économique du secteur. Il reprend à cet égard l’ambition formulée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema en juin 2025. « La structuration d’une véritable filière thonière nationale, créatrice d’emplois, de valeur ajoutée et de souveraineté, constitue désormais un objectif stratégique prioritaire », avait-il martelé.

Pour l’auteur, l’enjeu dépasse donc la seule présence de navires gabonais en mer. Il s’agit de contrôler progressivement l’ensemble de la chaîne : pêche, débarquement, conservation, commercialisation et transformation. Hervais Omva préconise notamment des flottes modernes, la formation de capitaines et mécaniciens navals gabonais ainsi que l’installation d’unités de filetage, de surgélation, de conserverie et de valorisation des sous-produits halieutiques.

Les femmes mareyeuses au cœur de la reconquête

La tribune accorde également une place centrale aux femmes mareyeuses. Pour Hervais Omva, leur autonomisation constitue l’une des conditions pour agir sur les circuits de distribution et, à terme, sur le prix payé par le consommateur. Il propose de leur garantir un accès prioritaire aux débarquements, de faciliter l’acquisition d’équipements de conservation grâce au financement et de les intégrer à la gouvernance des coopératives.

L’objectif consiste à réduire le nombre d’intermédiaires et à permettre aux acteurs nationaux de mieux maîtriser la commercialisation. Cette ambition devra néanmoins se traduire par une organisation logistique robuste : sites de débarquement, chambres froides, transport frigorifique, financement et approvisionnement régulier constituent autant de maillons indispensables pour espérer réduire durablement les prix.

Gaboniser sans sacrifier la performance

Hervais Omva réclame également la « gabonisation immédiate des licences et des équipages » et souhaite réserver prioritairement l’accès à certaines ressources aux entreprises et artisans nationaux. Il appelle parallèlement la jeunesse à investir les métiers de l’économie bleue. « L’objectif est d’industrialiser et de nationaliser le secteur halieutique afin d’offrir à ces jeunes des opportunités sûres et durables », rappelle-t-il en citant une déclaration présidentielle de mars 2025.

Une telle orientation pose cependant une exigence supplémentaire : la souveraineté ne peut se réduire au changement de nationalité des opérateurs. Elle suppose des entreprises techniquement capables d’exploiter durablement la ressource, des financements accessibles, des compétences nationales, une surveillance efficace des eaux et une politique de renouvellement des stocks. La nationalisation économique de la chaîne de valeur devra donc aller de pair avec sa professionnalisation.

Faire du poisson gabonais un produit accessible

Sur ce point, Hervais Omva fait de la transformation locale le véritable cœur de sa stratégie. Plutôt que d’exporter une ressource brute pour importer ensuite des produits à plus forte valeur ajoutée, il défend la création d’une industrie susceptible de conserver au Gabon une part plus importante de la richesse produite par ses eaux.

L’auteur emploie par ailleurs un ton particulièrement offensif contre ce qu’il présente comme des « lobbies étrangers » et leurs supposés relais sur les réseaux sociaux. Ces accusations, formulées dans sa tribune, ne sont toutefois accompagnées d’aucun élément permettant d’établir l’existence ou le financement de telles campagnes. Au-delà de cette dimension polémique, le débat de fond demeure celui de l’efficacité du modèle halieutique. Si la souveraineté revendiquée doit avoir une traduction concrète, elle se mesurera finalement à des indicateurs simples : davantage de pêcheurs et d’entreprises gabonais, davantage de poissons transformés localement, davantage d’emplois créés et, surtout, un poisson redevenu financièrement accessible aux ménages.

Gabon Media Time

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