Gabon : comme Malabo, Libreville va-t-elle s’attaquer au train de vie de l’Etat pour réduire le déficit ?
Alors qu’une loi de finances rectificative est réclamée avec insistance pour réaligner les ambitions du Gabon sur ses capacités réelles, les signaux restent préoccupants. Le recours envisagé à un programme avec le Fonds monétaire international intervient dans un contexte où le déficit public pourrait atteindre 10 % du PIB en 2026, avec une dette estimée à 86 % du PIB. Dans ces conditions, la priorité devrait être une réduction nette du train de vie de l’État. Or, les choix opérés traduisent l’inverse. Une fuite en avant budgétaire où l’ajustement est repoussé, malgré une marge de manœuvre de plus en plus étroite.
Les dépenses de personnel culminent à près de 959,7 milliards FCFA, les transferts oscillent entre 429 et 557 milliards, tandis que les biens et services dépassent les 400 milliards FCFA. À cela s’ajoutent près de 419,8 milliards FCFA consacrés aux seuls intérêts de la dette, une charge improductive qui illustre l’effet boule de neige de l’endettement. Ces postes, tous hors investissement, sont précisément ceux qui augmentent ou restent à des niveaux élevés sans générer de croissance. Résultat, un déficit estimé à environ 811 milliards FCFA, alimenté par des dépenses rigides, peu efficaces et difficilement réversibles. L’État semble ainsi s’enfermer dans un cercle vicieux, cherchant à financer un choc d’investissements par davantage de dette, sans s’attaquer à ses déséquilibres structurels.
Une discipline budgétaire ignorée, l’exemple équato-guinéen en contraste
À l’opposé, Malabo offre un contre-exemple saisissant et qui pourrait pourtant inspirer nos autorités. Confrontée à une baisse de 12,5 % de ses recettes en 2025, la Guinée équatoriale a choisi une voie radicalement différente, celle de la discipline budgétaire. Les dépenses publiques ont été réduites de 12 %, passant de 1 429,5 à 1 257,4 milliards FCFA. Cette rigueur a permis de ramener le déficit de 43 milliards FCFA à seulement 44,4 millions FCFA, soit une réduction spectaculaire de 99,9 %. Mieux encore, cette stratégie vise un retour à l’excédent, comme en 2023, démontrant qu’un ajustement crédible est possible même dans un contexte économique défavorable.
Ce redressement repose sur des choix assumés et cohérents. Les dépenses courantes ont été réduites de 12,1 %, malgré une légère hausse de la masse salariale, et les investissements ont également été revus à la baisse de 11,9 %. Surtout, Malabo n’a pas cherché à compenser la chute des recettes pétrolières (-17,3 %) par un endettement accru, mais par une rationalisation de ses dépenses. Ce contraste met en lumière l’absence de volonté politique à Libreville. Tant que le train de vie de l’État ne sera pas sérieusement revu à la baisse, toute stratégie de relance par l’investissement restera fragile, voire illusoire.









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