Fin des importations de poulet : la régulation vétérinaire comme bouclier de l’économie et de la santé
En 2027, le Gabon s’apprête à opérer un tournant souverainiste majeur avec l’interdiction programmée des importations de volailles congelées. Saluée par l’ensemble de la filière, cette décision du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, contraint le pays à métamorphoser son modèle d’élevage. Mais produire plus exige impérativement de produire mieux : au-delà de l’autonomie alimentaire, la clé du succès réside dans la préservation de la santé du cheptel et la qualité sanitaire des produits livrés aux consommateurs.
C’est dans cette optique que s’est tenu le 28 août dernier un webinar sous le thème « L’impact du médicament vétérinaire sur la santé animale, l’environnement, l’industrie agroalimentaire et le commerce international ». Cet session d’échange organisé par l’Ordre des médecins vétérinaires du Gabon, en partenariat avec le cabinet VET SPEED, MEDIVET et le Groupement d’Intérêt Avicole avait donc pour objectif de discuter du rôle que doit jouer chaque acteurs du secteur avicol notamment les médecins vétérinaires dans la mise en place de ce programme d’envergure.
En effet, la Résistance aux Antimicrobiens (RAM), qualifiée par l’ONU et l’OMS de « pandémie silencieuse », figure parmi les dix plus grandes menaces pour la santé publique mondiale. Dans un contexte d’intensification avicole, la maîtrise du médicament vétérinaire devient cruciale.
Une mauvaise utilisation des antibiotiques détruit leur efficacité thérapeutique et laisse des résidus dangereux dans nos assiettes, provoquant près de 10 millions de morts annuelles dans le monde. « Un animal mal soigné ou un médicament mal contrôlé peut entraîner des crises sanitaires majeures. L’antibiorésistance détruit l’efficacité des soins et menace directement la santé humaine », a rappelé le président de l’Ordre des Médecins Vétérinaires du Gabon, Dr. Bertony Otoro.
L’impératif d’un encadrement rigoureux et scientifique
L’essor de la filière ne pourra s’effectuer à l’aveugle. L’intensification des cheptels augmente mécaniquement les risques d’épizooties, comme l’ont rappelé les crises de grippe aviaire ayant décimé des dizaines de milliers de volailles en Afrique de l’Ouest ces dernières années.
Pour réussir ce virage, l’Ordre des médecins vétérinaires, en partenariat avec MEDIVET, VET SPEED et le Groupement d’Intérêt Avicole (GIA), préconise une feuille de route stricte. « Pour accompagner le projet présidentiel, nous devons former rigoureusement nos éleveurs à la biosécurité et à l’usage raisonné des intrants. L’élevage est comme un avion : pour le piloter sans risque, il faut des qualifications précises », a souligné le représentant de VET SPEED et MEDIVET le Dr. Daniel Obame.
Diagnostic et pharmacovigilance : les piliers du succès
Face aux enjeux économiques, environnementaux et commerciaux internationaux, l’action locale exige des outils scientifiques de pointe. La mise en place d’un Réseau National de Pharmacovigilance Vétérinaire et l’opérationnalisation complète d’un Laboratoire National de Santé Animale constituent les conditions sine qua non pour sécuriser la production nationale. Pour sa part le Directeur général de l’Elevage Jean Jacques Mouyabi a relevé qu’« il ne peut y avoir de développement avicole à échelle industrielle sans capacités de diagnostic adaptées. Le laboratoire national nous permettra de sortir de la loto-sanitaire et de prendre des décisions éclairées ».
À l’aube de cette échéance historique, le Gabon se donne les moyens de transformer son agriculture. La maîtrise sanitaire des élevages ne représente pas seulement une contrainte technique, mais la condition même de notre souveraineté alimentaire.










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