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Farhad Abasov : «Banio offre au Gabon une place stratégique sur le marché mondial de la potasse» 

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Alors que la sécurité alimentaire et la diversification des ressources minérales deviennent des enjeux géopolitiques majeurs, le Gabon s’apprête à jouer les premiers rôles sur le marché mondial des engrais. Avec l’extension récente de son permis d’exploration et des ressources estimées à plusieurs milliards de tonnes, le projet de potasse de Banio franchit une étape décisive dans son développement. Dans cet entretien accordé à Gabon Media Time, Farhad Abasov, président du conseil d’administration de Millennial Potash, fait le point sur les avancées techniques de la phase 3 de forage, l’appui stratégique des gouvernements gabonais et américain, ainsi que sa volonté d’assurer une transformation locale du minerai pour maximiser la valeur ajoutée au niveau national. Découverte d’un projet industriel qui ambitionne de relier la côte atlantique gabonaise aux grands marchés mondiaux.

Gabon Media Time : M. Abasov, le projet de potasse de Banio au Gabon a récemment vu sa superficie augmenter de 20 % grâce à l’attribution du permis « Haute Banio ». Avec l’estimation révisée des ressources faisant désormais état de plusieurs milliards de tonnes de minéralisation, comment résumeriez-vous aujourd’hui la proposition de valeur de Banio ainsi que ses principaux avantages stratégiques par rapport aux autres gisements de potasse dans le monde ?

Farhad Abasov : La proposition de valeur de Banio repose d’abord sur son échelle, sa localisation et son potentiel d’extension. Notre dernière estimation des ressources minérales (conforme à la norme NI 43-101) comprend environ 648 millions de tonnes de ressources mesurées, 1,8 milliard de tonnes de ressources indiquées et 3,56 milliards de tonnes de ressources présumées, le tout avec une teneur moyenne d’environ 15,6 % en KCl. Élément important, cette ressource n’a été définie que sur environ 3,5 % de nos permis d’exploration ; le projet dispose donc encore d’une marge d’extension considérable.

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Le permis Haute Banio ajoute environ 261 kilomètres carrés, portant la superficie totale de nos travaux d’exploration à près de 1 500 kilomètres carrés. Sur le plan stratégique, il étend notre propriété vers l’ouest en direction de la côte atlantique et couvre des tracés potentiels pour les infrastructures et l’accès à Mayumba.

Ce qui distingue Banio, c’est la combinaison d’une ressource de très grande taille, du potentiel d’une extraction par dissolution à bas coût, d’une minéralisation relativement peu profonde et d’un accès direct à l’Atlantique. Cela nous donne la capacité de desservir l’Afrique, le Brésil et les États-Unis à partir d’un seul et même projet. Pour les acheteurs d’engrais de plus en plus préoccupés par la sécurité et la diversification de leur approvisionnement, la géographie importe tout autant que la géologie.

Les derniers rapports de la phase 3 de forage confirment une extension de la minéralisation vers le sud-ouest et vers la côte. Dans le même temps, vous avez lancé l’étude de faisabilité définitive (DFS) ainsi que l’évaluation de l’impact environnemental et social (EIES). Où en êtes-vous exactement dans ce calendrier technique, et quelles sont les prochaines étapes réalisables d’ici la fin de l’année 2026 et le début de l’année 2027 ?

Nous faisons avancer plusieurs volets de travail en parallèle. La phase 3 de forage est en cours sur les puits BA-005, BA-007 et BA-008, avec pour objectif d’étendre la ressource vers l’ouest et de convertir une partie des ressources présumées actuelles en catégories indiquées et mesurées. Nous visons une nouvelle mise à jour de l’estimation des ressources minérales au quatrième trimestre 2026.

Parallèlement, nous avons démarré une étude de faisabilité définitive (DFS) de classe 3 AACE. La DFS évalue des scénarios de production débutant avec le cas de l’évaluation économique préliminaire (PEA) à 800 000 tonnes par an, tout en envisageant des volumes de production nettement plus élevés. Les études techniques en cours couvrent les tests de dissolution, l’hydrogéologie, les tests de fluage, la lixiviation à chaud ou à froid, les alternatives portuaires et la commercialisation des sous-produits.

Notre évaluation de l’impact environnemental et social se déroule en parallèle et comprend des travaux de référence sur les volets physique, sociodémographique et de la biodiversité. Nous prévoyons actuellement l’achèvement de la DFS et de l’EIES au quatrième trimestre 2026 ou au premier trimestre 2027, ce qui viendra appuyer la demande de permis d’exploitation minière de la société.

Nous passons ainsi de la phase de définition de la taille de Banio aux réponses d’ingénierie, environnementales et commerciales nécessaires à sa construction.

Ces derniers mois ont été marqués par des visites de haut niveau sur le site du projet, notamment par le ministre des Mines Sosthène Nguema Nguema ainsi que par le chargé d’affaires par intérim de l’ambassade des États-Unis. Quel signal ce soutien gouvernemental et international envoie-t-il concernant la sécurité des investissements et le rôle stratégique de Banio dans l’approvisionnement mondial en engrais ?

Le soutien que nous avons reçu des gouvernements gabonais et américain est essentiel car il est directement lié au développement concret du projet. Le Gabon a fait de la diversification minière une priorité nationale, et Millennial a noué de solides relations avec le ministère des Mines, le ministère de l’Environnement et les dirigeants du pays.

Tout aussi important, Banio est destiné à créer une valeur économique significative au Gabon. Lorsque le projet entrera en phase de production, nous prévoyons qu’il emploiera des centaines de spécialistes et de travailleurs gabonais sur le site. Notre plan prévoit également de transformer la potasse directement au Gabon pour produire le produit fini, le chlorure de potassium (MOP), plutôt que d’exporter de la matière brute non transformée. Cela signifie créer des emplois qualifiés, développer l’expertise locale et conserver une plus grande part de la valeur économique du projet dans le pays. Ce sont des priorités majeures pour le gouvernement gabonais comme pour nous dans le cadre du développement de Banio.

Dans le même temps, la Société américaine de financement du développement international (DFC) s’est engagée à hauteur de 3 millions de dollars US pour Banio, sous la forme d’un prêt de développement de projet à taux zéro et remboursable sous conditions, afin d’appuyer l’étude de faisabilité.

Le cadre stratégique global évolue lui aussi. La potasse a désormais été ajoutée à la liste américaine des minéraux critiques, et les États-Unis importent environ 97 % du potassium nécessaire à leur agriculture nationale. Cela rend la diversification des approvisionnements de plus en plus cruciale pour la sécurité alimentaire et la résilience nationale.

Le soutien des gouvernements ne remplace pas une bonne géologie, une ingénierie rigoureuse ou un développement responsable. Il permet toutefois de réduire les risques politiques et financiers et de démontrer qu’un projet s’inscrit en phase avec des priorités économiques et stratégiques plus larges.

Millennial Potash a franchi une étape importante en portant sa participation dans le projet Banio à 80 %. Après le succès des financements du début d’année et un classement parmi les entreprises les plus performantes du TSX Venture 50, de quelles ressources financières disposez-vous pour faire avancer le développement jusqu’à la décision finale d’investissement ?

Nous sommes très bien financés pour l’étape actuelle du développement de Banio. Dans ses derniers états financiers arrêtés au 28 février 2026, Millennial faisait état d’environ 28,8 millions de dollars canadiens en trésorerie et équivalents de trésorerie. Nous bénéficions également de près de 3 millions de dollars US de financement pour le développement de projets accordés par la DFC américaine pour soutenir les travaux de faisabilité.

Cette solidité financière nous permet d’avancer sur la phase 3 de forage, l’étude de faisabilité définitive, l’évaluation de l’impact environnemental et social et les démarches requises pour l’obtention du permis d’exploitation minière.

Nous avons également porté la participation de Millennial dans Banio à 80 %, renforçant ainsi notre contrôle du projet au fur et à mesure de sa progression vers la phase de développement.

La décision finale d’investissement constitue une étape ultérieure qui dépendra de la finalisation de la DFS et de l’EIES, de l’obtention des permis, de la planification des infrastructures, des accords commerciaux et du financement de la construction. Notre priorité est de dérisquer systématiquement le projet Banio afin de le positionner pour attirer les capitaux nécessaires à sa construction.

Notre équipe possède une grande expérience en la matière. Nous avons bâti, financé et cédé avec succès plusieurs compagnies minières, notamment Millennial Lithium, Allana Potash, Potash One et Energy Metals. Nous savons ce qu’il faut pour faire passer un projet de ressources d’envergure de la phase d’exploration au financement et au développement.

Dans un contexte de tensions géopolitiques affectant les producteurs traditionnels de potasse et d’inquiétudes croissantes concernant la sécurité alimentaire en Afrique et dans le monde, comment voyez-vous évoluer la demande mondiale ? Comment Millennial Potash entend-elle mettre à profit la proximité géographique de la côte gabonaise pour servir les marchés clés ?

La demande en potasse est fondamentalement portée par un élément essentiel : la production alimentaire. Dans le même temps, l’offre mondiale reste très concentrée. La Russie et la Biélorussie représentent à elles deux près de 35 % de la production mondiale de potasse, tandis que le Canada en assure environ 30 %.

Cette concentration est devenue cruciale sur le plan géopolitique. Les États-Unis ont désormais inscrit la potasse sur leur liste de minéraux critiques et importent près de 97 % du potassium nécessaire à leur agriculture. Cela montre qu’il ne s’agit plus simplement d’un enrant agricole parmi d’autres, mais bien d’un enjeu stratégique pour les chaînes d’approvisionnement.

Un accord commercial peut réorienter la potasse existante, mais seule une nouvelle mine peut élargir la base de l’offre mondiale.

C’est exactement l’opportunité que nous offre le projet Banio. Nous sommes situés directement sur la côte atlantique, à proximité des marchés africains et idéalement positionnés pour desservir le Brésil et potentiellement les États-Unis. Le Brésil importe à lui seul environ 12 à 13 millions de tonnes de MOP par an, et l’Afrique reste fortement dépendante des engrais importés.

Notre objectif n’est pas de remplacer un producteur ou un pays en particulier, mais d’apporter une nouvelle source d’approvisionnement fiable et compétitive sur un marché aujourd’hui très concentré.

Propos recueillis par Morel Mondjo Mouega

Gabon Media Time

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