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Vie chère au Gabon : pour Ike Ngouoni Aïla Oyouomi, «le problème n’est pas la vision, mais l’exécution»

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Alors que les pénuries de carburant, les tensions sur le prix du pain et les difficultés d’approvisionnement continuent de peser sur les ménages gabonais, le cabinet de conseil stratégique AILA, présidé par Ike Ngouoni Aïla Oyouomi, publie ce vendredi 30 octobre 2026 une note intitulée « Pourquoi la vie reste chère ». À travers cette analyse, le cabinet met en évidence les limites des mesures gouvernementales de lutte contre la vie chère et pointe les défaillances structurelles qui empêchent les décisions publiques de produire des effets durables sur les prix payés par les consommateurs.

Pourquoi les mesures de suspension des taxes, les mécanismes de plafonnement des prix et les interventions publiques successives ne parviennent-ils pas à soulager durablement les ménages gabonais ? C’est à cette interrogation que tente de répondre AILA dans sa deuxième note stratégique trimestrielle, consacrée à la capacité de l’État à transformer ses décisions en résultats concrets. Le cabinet part d’une série de difficultés récemment observées, notamment les pénuries de gasoil, les tensions sur l’approvisionnement en gaz domestique et les inquiétudes autour du prix de la baguette. Son diagnostic privilégie les dysfonctionnements de la chaîne économique plutôt que les seules fluctuations des prix.

Des mesures répétées sans résultats durables

Selon AILA, le Gabon aurait connu trois épisodes de pénurie de produits pétroliers en dix mois : l’essence et le butane en janvier, le gaz domestique en août, puis le gasoil entre septembre et octobre 2026. Ces perturbations, aux causes immédiates différentes, illustreraient une fragilité persistante des circuits d’approvisionnement. Le cabinet relève également que le sac de farine de 50 kilogrammes serait passé de 19 000 à 19 950 FCFA depuis le 21 septembre, tandis que la baguette officiellement fixée à 125 FCFA serait déjà commercialisée à 150 FCFA dans certains points de vente.

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L’étude souligne par ailleurs la répétition des dispositifs temporaires de lutte contre la vie chère. D’après AILA, les mécanismes de suspension de taxes auraient été réactivés sept fois depuis 2012, tandis que la mercuriale serait passée de 48 produits en 2022 à 105 en 2026. En février dernier, une nouvelle suspension de six mois des droits, de la TVA et des frais de scanning sur certaines denrées avait été annoncée. Pour le cabinet, ces interventions n’ont pas entraîné de baisse généralisée des prix, révélant les limites d’une politique essentiellement fondée sur des mesures ponctuelles.

Crédit coûteux, prélèvements informels et subventions mal ciblées

Au-delà des mesures fiscales, AILA identifie plusieurs obstacles structurels à la réduction du coût de la vie. Le cabinet avance notamment un coût moyen du crédit de 21 % au Gabon, contre 11 % dans la zone CEMAC. Un différentiel qui, selon son analyse, pénaliserait l’investissement productif et contribuerait à maintenir une forte dépendance aux importations. Ces données mériteraient toutefois d’être précisées quant aux catégories de crédit et aux périodes de référence retenues.

Autre difficulté relevée : l’existence de 38 prélèvements informels recensés en avril 2026, dont la liste officielle promise n’aurait toujours pas été publiée. AILA cite également une estimation attribuée à la Banque mondiale selon laquelle 96 % des subventions aux carburants bénéficieraient à la moitié la plus aisée de la population. Ce constat pose la question de l’efficacité redistributive des dépenses publiques et de leur capacité à soutenir prioritairement les ménages les plus vulnérables.

Pour AILA, l’enjeu est désormais celui de l’exécution

Dans sa note, le cabinet propose une grille d’évaluation reposant sur quatre interrogations : les dispositifs publics existent-ils, fonctionnent-ils, atteignent-ils effectivement les citoyens et produisent-ils des effets durables ? Cette méthode vise à dépasser les annonces gouvernementales pour apprécier les résultats observables. AILA évoque également six conditions assorties de responsables et d’échéances, ainsi que six actions accessibles aux citoyens, dont le signalement des abus de prix à la Direction générale de la concurrence et de la consommation (DGCC), aux numéros 8085 et 1435.

Pour Ike Ngouoni Aïla Oyouomi, président d’AILA, la difficulté réside moins dans l’identification des problèmes que dans l’application effective des solutions. « Les Gabonais n’ont pas besoin qu’on leur explique que la vie est chère. Ils ont besoin de savoir pourquoi les mesures annoncées ne tiennent pas jusqu’à leur panier, et de pouvoir le vérifier eux-mêmes. Le Gabon n’a pas un problème de vision. Il a un problème d’exécution. », affirme-t-il. Une analyse qui replace la question du pouvoir d’achat au cœur d’un enjeu plus large : celui de la capacité de l’administration à garantir que les décisions économiques se traduisent effectivement par une amélioration des conditions de vie des populations.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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